Film français d’Alexandre Steiger (2026), avec Andranic Manet, Salomé Rose Stein, Alexandre Steiger, Abraham Wapler, Florence Janas, Charlotte Laemmel, Gulliver Hecq… 1h24. Sortie le 8 juillet 2026.
Salomé Rose Stein et Andranic Manet
La plupart des films s’intègrent dans des univers familiers, qu’ils soient passés, présents voire futurs. Certains autres, beaucoup plus rares, osent creuser leur propre sillon dans une sorte de monde parallèle qui semble régi par des règles autonomes sans perturber pour autant ce qui l’entoure. C’est assurément le cas du premier long métrage du comédien Alexandre Steiger, vu notamment chez Nicolas Pariser et Erwan Le Duc, qui s’est donné par ailleurs ici le rôle d’un patron d’hôtel. Il épuise en l’occurrence un point de départ assez simple : deux jeunes gens qui ne se connaissent pas se retrouvent pour remplir une mission qui leur a été confiée par de mystérieux commanditaires. Ce qu’ils n’ont pas prévu, c’est que le réceptionniste, également fils de l’hôtelier, allait croiser le regard de l’éco-terroriste qui semble à peu près aussi perchée que lui et considère sa mission comme une croisade altermondialiste à peu près désespérée. Avec ce premier long métrage pince-sans-rire, le réalisateur développe des thèmes déjà évoqués dans ses courts Pourquoi j’ai écrit la Bible (2018) et De longs discours dans vos cheveux (2019). Il y pose les bases d’une comédie de caractères où les personnages nourrissent et même sécrètent un scénario où les mots comptent davantage que les actes. Ce sont pour la plupart des êtres décalés qui ne se montrent vraiment à leur aise que lorsqu’ils en viennent à croiser leurs semblables et se reconnaissent entre eux à des détails tacites et des signes extérieurs qui reflètent leur difficulté à trouver leur place sur une planète malade dont ils semblent condamnés à cicatriser les blessures infligées par leurs aînés et un commun des mortels égoïstes.
Alexandre Steiger et Andranic Manet
Au-delà de son sujet que Steiger définit lui-même drôlement “ comme un Labiche dans un Rohmer ou un Rohmer dans un Labiche ”, cette comédie des apparences distille sa petite musique burlesque en exploitant la personnalité de deux interprètes éblouissants de fantaisie et d’invention : l’interminable Andranic Manet, pierrot lunaire dégingandé qui s’est imposé dans des films d’auteur où il ne tenait parfois que des rôles trop brefs, et Salomé Rose Stein, constamment aux aguets, qui n’a fait que passer chez Alix Delaporte (Vivants) et Arnaud Desplechin (Spectateurs !). En fin connaisseur, le metteur en scène entraîne dans sa folie douce ce couple qui évoque celui formé par les regrettés Marie Trintignant et Guillaume Depardieu dans les premiers films de Pierre Salvadori. Jusqu’aux limites de la poésie la plus pure qui puisse s’imaginer et sans filet. Loin de les enfermer dans des rôles où tout semble leur être permis sinon promis, il les entraîne pour une sorte de jeu de l’oie qui les pousse plus que jamais à rester eux-mêmes et à l’assumer, sous couvert d’une rébellion qui consiste pour une bonne part à affronter leurs responsabilités, en allant l’un vers l’autre et en s’affranchissant d’un carcan social inadapté à leur fantaisie. Pour toutes les raisons qui précèdent, L’écologie des sentiments mérite de devenir le “sleeper” de l’été, ce film que personne n’attendait et auquel la magie du bouche-à-oreille donne des ailes avec ou sans canicule. C’est le film qu’on a envie de recommander pour son charme et sa singularité. Tout simplement. Comme avant lui Chien de la casse ou L’épreuve du feu.
Jean-Philippe Guerand




Commentaires
Enregistrer un commentaire