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Affichage des articles associés au libellé noir et blanc

“The Cruise” de Bennett Miller

Documentaire américain de Bennett Miller (1998), avec Timothy “Speed” Levitch… 1h14. Sortie le 4 mars 2026. Timothy “Speed” Levitch Tous les jours, des autocars sillonnent New York, remplis de touristes à destination desquels des guides égrènent l’histoire de la ville au fil des rues. Avec son faux air de John Lennon, Timothy Levitch accomplit ce métier de communication comme un véritable sacerdoce et raconte avec un débit de mitraillette et une voix nasillarde les splendeurs passées de Big Apple. Quitte à inventer parfois des détails pittoresques qu’aucun de ses auditeurs ne serait en mesure de contester. Travail précaire s’il en est, le patron de Gray Line affectant chaque matin les heureux élus à leur autobus, c’est le quotidien de ce personnage malicieux et bourré d’humour que suit le réalisateur peu prolixe de Foxcatcher (quatre films seulement en plus d’un quart de siècle) dans cette œuvre de jeunesse opportunément exhumée par un distributeur soucieux de remonter aux sources. Le...

“Nuit obscure – “Ain’t I a Child ?” de Sylvain George

Documentaire français de Sylvain George (2025) 2h44. Sortie le 5 novembre 2025. Ce film est le dernier pan d’un triptyque de dix heures sur les voies de l’exil composé de Nuit obscure - Feuillets sauvages (Les brûlants, les obstinés) (2022) et Nuit obscure - Au revoir ici, n’importe où (2024), sortis simultanément. Il s’attache en noir et blanc à des SDF venus d’ailleurs qui traînent dans les rues de Paris et que notre mauvaise conscience nous a appris à ignorer pour ne pas avoir à leur venir en aide. Sylvain George a pris tous les risques afin de rendre un semblant d’humanité à ces errants qu’il a suivis au long cours au fil de leurs pérégrinations et qui ne cadrent pas avec la vision traditionnelle que nous avons des migrants, ces personnages récurrents du cinéma contemporain revêtus d’une cape d’invisibilité par nous autres, Occidentaux confits dans notre égoïsme. L’usage du noir et blanc contribue à intemporaliser ce tableau de mœurs dont aucune fiction n’aurait pu atteindre l’i...

“Les cavaliers des terres sauvages” de Michael Dweck et Gregory Kershaw

Gaucho Gaucho Documentaire américano-argentin de Michael Dweck et Gregory Kershaw (2024), avec Guada Gonza, Tati Gonza, Jony Avalos, Solano Avalos, Mario Choque… 1h24. Sortie le 22 octobre 2025. Un homme couché sur un cheval se réveille et part avec sa monture et son chien… Ainsi débute le film le plus dépaysant qui soit. Une élégie en noir et blanc d’une beauté à couper le souffle qu’on croirait échappée du passé, tant les traditions qui s’y perpétuent semblent immuables. Le monde dans lequel on voyage pendant quatre-vingt minutes évoque certains de ces films du temps du muet qui aimaient jouer avec la mythologie du cow-boy argentin et le pittoresque qui l’accompagnait. Surgit la figure emblématique de Douglas Fairbanks dans Le gaucho et son folklore. Les cavaliers des terres sauvages est toutefois un documentaire qui célèbre cette figure romantique dans la pampa, en soulignant comment elle conditionne les rapports humains et traverse les époques en faisant fi de l’évolution des mœ...

“Ryuichi Sakamoto : Opus” de Neo Sora

Ryuichi Sakamoto | Opus Documentaire musical japonais de Neo Sora (2023), avec Ryuichi Sakamoto 1h43. Sortie le 30 juillet 2025. Un homme seul face à son piano. Son visage est impénétrable, ses yeux sont cachés par d’épaisses lunettes, ses cheveux blancs soigneusement peignés. Le compositeur japonais Ryuichi Sakamoto doit sa renommée internationale à quelques bandes originales de films, de la première et peut-être la plus emblématique, Furyo (1983) de son compatriote Nagisa Oshima à celle de L’innocence (2023) d’Hirokazu Kore-eda, en passant par ses collaborations mémorables avec Bernardo Bertolucci (Le dernier empereur qui lui a valu un Oscar en 1988), Pedro Almodóvar, Brian de Palma ou Alejandro González Iñárritu. C’est peu de temps avant sa disparition qu’il a relevé ce défi : interpréter seul une vingtaine de morceaux de son répertoire devant des caméras. C’est à son propre fils, Neo Sora, qu’il a confié le soin de le filmer en noir et blanc en veillant à accorder de l’impo...

“La peine” de Cédric Gerbehaye

Documentaire belgo-français de Cédric Gerbehaye (2023) 1h30. Sortie le 5 février 2025. La prison est un décor qui fait fantasmer le cinéma depuis toujours. Que ce soit sur le registre de la fiction ou du documentaire, on a parfois l’impression d’en avoir fait le tour sous toutes les latitudes et à toutes les époques. La peine s’attache à deux centres de détention situés à proximité immédiate de Bruxelles, Forest et Saint-Gilles, où les réalisateurs ont pris le temps d’observer la vie quotidienne des détenus, leurs gardiens et le personnel administratif de 2016 à 2022. Un voyage au long cours filmé en noir et blanc qui montre ce qu’on ne devrait pas voir : des conditions d’incarcération qui déshumanisent les prisonniers et où ceux qui tiennent à se retrouver seuls doivent renoncer en contrepartie à disposer d’un robinet et d’eau dans leur cellule Des geôles vétustes, on en a souvent vues à l’écran, notamment dans Des hommes (2019), ce documentaire d’Alice Odiot et Jean-Robert Viall...

“Le Comte” de Pablo Larraín

El Conde Film chilo-américain de Pablo Larraín (2023), avec Jaime Vadell, Gloria Münchmeyer, Alfredo Castro, Paula Luchsinger, Antonia Zegers, Amparo Noguera, Diego Muñoz, Marcial Tagle… 1h50. Mise en ligne le 15 septembre 2023 sur Netflix. Alfredo Castro et Paula Luchsinger Le cinquantenaire du coup d’état du général Augusto Pinochet méritait à tout le moins une initiative cinématographique de grande ampleur. Au mémorialiste Patricio Guzman la charge de consacrer l’essentiel de son œuvre à étudier l’histoire officielle dans ses moindres détails, en s’attachant à la chute de son prédécesseur devenu l’espoir de tout un peuple et le martyr de son illusion démocratique, Salvador Allende. Rompu à l’art du biopic décalé depuis ses deux opus précédents, Jackie (2016) et Spencer (2021), consacrés à des femmes rebelles et modernes, Pablo Larraín est né quant à lui sous la dictature. Il se détourne donc de la stricte doxa historique pour brosser le portrait saisissant d’un militaire droit da...