Film français de Cheyenne-Marie Carron (2026), avec Alexandre Triaca, Leslie Thompson, Évangéline Chancerelle, Laurent Borel, Tcheny Dramani, Geneviève Emmanuelli… 1h40. Sortie le 14 octobre 2026.
Les deux piliers fondateurs du cinéma de Cheyenne-Marie Carron ne sont pas ceux des autres cinéastes d’aujourd’hui, puisqu’il s’agit de l’armée et de la religion catholique qui ont largement contribué par le passé à définir la nation française jusqu’à la séparation de l’Église et de l’État et les deux guerres mondiales. La ferveur suscitée par la visite en France de Léon XIV a entériné la puissance de la foi parmi la jeunesse et accrédité sa perpétuation dans une société française volontiers pointée du doigt pour sa perte de valeurs. Il était une fois le printemps s’attache à des personnages attachés à leurs convictions et soucieux de les exprimer sans prosélytisme, mais toujours en mettant en accord leurs actes avec leurs paroles et sans angélisme. En l’occurrence les membres d’une petite paroisse qui acceptent d’héberger des migrants africains en quête d’intégration, quitte à susciter des réactions partagées au sein d’une communauté représentative de la société française d’aujourd’hui et des contradictions auxquels se trouvent confrontés malgré eux les hommes et les femmes de bonne volonté. Un sujet par ailleurs déjà décliné sur des tonalités diverses par Ken Loach dans The Old Oak (2023), Philippe Guillard dans Pour l’honneur et Julie Delpy dans Les barbares (2024). Cheyenne-Marie Carron ne se contente toutefois ni de bons sentiments ni d’angélisme. Elle met son sujet en perspective et n’occulte aucune des conséquences qu’il implique. C’est même la principale caractéristique de son approche.
Geneviève Emmanuelli et Alexandre Triaca
En œuvrant en toute indépendance, la réalisatrice a appris à gérer seule ou presque toutes les difficultés, sans jamais chercher à se plier aux lois du marché. Productrice, scénariste, réalisatrice, mais aussi directrice de la photo et distributrice, elle pratique le cumul des fonctions dans un objectif de maîtrise absolue que lui assure en outre son rythme de travail atypique, avec un film par an et même deux en 2026, six mois après L’eden. À tout juste 50 ans, cette autodidacte en liberté signe aujourd’hui son dix-neuvième long métrage depuis 2005. Elle se distingue aussi de ses contemporains par son sens du casting qui l’incite à trouver ses propres interprètes et à les diriger avec une justesse infaillible. Ici, un architecte veuf, sa fille et leur employée de maison sénégalaise acceptent d’héberger un migrant burkinabé contre lequel la plus hostile s’avère être celle qu’ils considèrent comme membre à part entière de leur famille. Cheyenne-Marie Carron démonte ainsi avec beaucoup de subtilité le mécanisme qui développe les préjugés xénophobes entre migrants de vagues successives, mais aussi l’importance réelle de la foi en tant que recours face à une tragédie quelle qu’elle soit. Avec toujours ce sens de la nuance et cet art de l’ellipse propres à une cinéaste qui sait désamorcer les situations les plus extrêmes en évitant la tentation du manichéisme et des lieux communs les plus réducteurs. Elle signe sans doute là l’un de ses films les plus réussis.
Jean-Philippe Guerand




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