Film français de Cheyenne Marie Caron (2026), avec Johnny Amaro, Dan Kadosh, Sofiane Kaddour, Frédérique Nahmani, Joëlle Champeyroux-Haddad, Mikaël Perez, Adhal Barra, Habib Guabintani, Love Bowman… 1h14. Sortie le 15 avril 2026.
On connaît la fascination de Cheyenne Caron pour ces institutions que sont l’armée et la religion devenues les deux piliers d’un cinéma parallèle sinon marginal qui vaut aujourd’hui à cette autodidacte de signer son dix-septième long métrage en vingt ans, en assumant tous les rôles, de l’écriture à la production et même la distribution. Un rythme soutenu à nul autre pareil dans le cinéma français contemporain allié à une indépendance rarissime qui ne sacrifie pour autant aucune de ses composantes techniques, artistiques et financières. Cette créatrice a même monté une école de cinéma dans l’idée d’encourager l’indépendance qui la caractérise. L’Eden se situe quelque part au Moyen-Orient où trois hommes de confessions différentes vont se retrouver au-delà de ce qui devrait les séparer pour tenter de dialoguer et de se comprendre. Sujet ô combien délicat qui pourrait prêter à l’angélisme sinon au ridicule entre d’autres mains ou plutôt sous d’autres yeux. L’atout majeur de la réalisatrice réside dans sa force de conviction et sa détermination résolue qui s’expriment ici en moins de soixante-quinze minutes, tout juste la durée idéale. Elle croit sincèrement à ce qu’elle raconte, évite le prêchi-prêcha et dépeint sans doute l’humanité plus belle qu’elle n’est, ce qui est une vertu précieuse dans un monde sens dessus dessous où les extrêmes ont pris en otage certains domaines, quitte à les dénaturer sans vergogne.
Sofiane Kaddour et Johnny Amaro
Un Chrétien d’Orient prénommé Joseph croise régulièrement des patrouilles israéliennes et les religieuses d’un couvent voisin. Jusqu’au jour où il voit débarquer un combattant islamiste blessé qui interpelle frontalement ses sentiments les plus profonds et l’incite à réagir en humain avant d’en appeler à cette foi qui divise et oppose, là où elle devrait rapprocher les croyants. Par sa seule bienveillance, il va tenter l’impossible : renouer un dialogue ténu entre des ennemis irréductibles qui le sont depuis tellement longtemps qu’ils en ont perdu de vue les raisons profondes. Un propos qui paraîtra naïf à certains, l’assume en toute bonne foi, mais esquisse une alternative à un conflit vieux comme le monde ou presque. Le talent de Cheyenne Caron consiste à croire à ce qu’elle raconte, mais à ne jamais essayer de se cacher derrière son petit doigt. De ce désordre qu’elle dépeint, elle ne feint pas d’être l’organisatrice, mais elle dresse un état des lieux d’une grande justesse qui témoigne de sa détermination à toute épreuve au moment même où le Moyen-Orient est une fois de plus ravagé par une guerre sans issue diplomatique apparente. On conservera de cet acte de bonne volonté que représente L’Eden l’idée que ce ne sont pas les peuples qui peuvent imposer la paix, mais et bel et bien les individus, pour peu qu’ils en manifestent vraiment l’aspiration. En l’occurrence, la réalisatrice retrouve celui qui est devenu son interprète fétiche, Johnny Amaro. Comme un messager de paix qui brûle d’une fièvre intérieure et embrase l’écran.
Jean-Philippe Guerand




Commentaires
Enregistrer un commentaire