Film franco-belge de Géraldine Nakache (2026), avec Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié, Christian Benedetti, Thaïs Garfinkiel, Oussama Kheddam, Mina Kavani, Rudgy Pajany, Daniel Cohen, Sébastien Pouderoux, Catherine Israel… 1h34. Sortie le 16 septembre 2026.
Monia Chokri et Niels Schneider
Comédienne passée à la réalisation avec un goût marqué pour la légèreté, dans Tout ce qui brille (2009) et Nous York (2011) avec Hervé Mimran et J’irai où tu iras (2018) en solo, Géraldine Nakache brise aujourd’hui cette fausse insouciance avec un quatrième long métrage dans l’air du temps d’où elle a choisi de se mettre en retrait en tant qu’interprète. Elle y relate l’histoire d’un couple qu’on pourrait croire presque comme les autres. Leur amour ne fait aucun doute. C’est son expression qui pose problème. Lui est profondément accroché à ses racines juives, mais se révèle autoritaire voire despotique au quotidien. Au point de se montrer sous son véritable visage : celui d’un tyran domestique qui ne passe rien à son épouse et veux juste qu’elle “ pense bien ”, c’est-à-dire… comme il le lui impose. La toxicité du couple et sa conséquence la plus extrême, les violences conjugales, est un thème que le cinéma a souvent abordé, de Nous ne vieillirons pas ensemble (1972) de Maurice Pialat au récent On vous croit de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys, en passant par Jusqu’à la garde (2017) de Xavier Legrand et L’amour et les forêts (2023) de Valérie Donzelli. Avec en guise de fil rouge la menace sourde de l’emprise. Le point de vue qu’adopte Géraldine Nakache est celui de la victime, en l’occurrence une femme aveuglée par l’amour qui se retrouve peu à peu dans un piège et refuse d’incriminer celui qui est devenu son bourreau en lui imposant sa loi.
Monia Chokri
La réalisatrice se concentre sur ses deux interprètes principaux qu’elle dirige avec une grande délicatesse. La Québécoise Monia Chokri rompt avec la légèreté de certains de ses emplois récents et laisse peu à peu l’inquiétude puis la hantise gagner son personnage qui refuse d’assumer son statut de victime, tout en se fissurant de l’intérieur. Face à elle, Niels Schneider assume le rôle ingrat du psychorigide persuadé de détenir la vérité et d’autant plus redoutable qu’il se réfugie derrière sa foi au moindre prétexte en sollicitant un rabbin lui-même piégé par la situation. Le formidable interprète du général Leclerc dans La bataille de Gaulle et de L’inconnue trouve une alternative à l’emploi déjà peu sympathique qu’il tenait dans Un amour impossible (2017) de Catherine Corsini et s’avère glaçant de détermination. Géraldine Nakache le filme sans la moindre complaisance et affirme s’être inspirée là d’une relation qu’elle a elle-même vécue. Si tu penses bien assume le risque de déplaire et même de choquer, tout en passant un couple au crible d’une épreuve de vérité résolument inconfortable. Ce voyage au bout de l’enfer conjugal est une œuvre utile et même nécessaire qui explore un territoire rarement montré à l’écran, celui du harcèlement sournois qui façonne les violences conjugales à travers la perte de confiance en soi progressive instrumentalisée par un partenaire pervers et manipulateur. Un constat implacable et nécessaire plus que jamais d’actualité.
Jean-Philippe Guerand

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