Tre ciotole Film italo-espagnol d’Isabel Coixet (2025), avec Alba Rohrwacher, Elio Germano, Galatéa Bellugi, Silvia d’Amico, Francesco Carril, Sarita Choudhury… 2h. Sortie le 2 septembre 2026.
Elio Germano et Alba Rohrwacher
La carrière de la réalisatrice espagnole Isabel Coixet se caractérise par sa propension à tourner sous toutes les latitudes et à mettre en scène des femmes puissantes confrontées aux aléas de la vie. Elle l’a maintes fois démontré dans des œuvres aussi différentes que Des choses que je ne t'ai jamais dites (1996), Ma vie sans moi (2003), The Secret Life of Words (2006) ou The Bookshop (2017). Son nouveau film est l’adaptation du livre “Tre ciotole” (Mondadori, 2023) de la romancière sarde Michela Murgia dont Paolo Virzi avait déjà porté à l’écran un ouvrage précédent dans Tutta la vita davanti (2008). Elle s’y attache à la brusque séparation d’un couple romain et au désarroi d’une femme qui se réapproprie douloureusement cette rupture initiée par son compagnon, mais va en subir les conséquences au plus profond de son organisme en proie à un désordre biologique qui lui échappe et semble refléter son état de sidération. La mise en scène excelle à adopter le point de vue de ce personnage incarné avec autant de tact que de subtilité par Alba Rohrwacher face à Elio Germano dans le rôle de ce chef trop obsédé par son métier pour remarquer les tourments qui agitent son ex. D’un sujet qui aurait pu inspirer un mélodrame larmoyant, Trois adieux tire une chronique sentimentale d’une grande dignité qui évite de jouer sur la corde sensible et épouse avec justesse le point de vue de son personnage féminin ballotté par des décisions qu’elle n’a pas initiées mais qui vont lui ouvrir de nouvelles perspectives, aussi éphémères puissent-elles être.
Alba Rohrwacher
Le couple se trouve évidemment au cœur de ce film d’une extrême pudeur dans lequel une femme se retrouve victime d’une décision unilatérale prise par son conjoint qui exerce les fonctions hautement symboliques de chef sans avoir jamais ressenti la moindre empathie dans ce domaine de la part de sa partenaire. Un malentendu mal digéré (sans mauvais jeu de mots) qui va entraîner la jeune femme dans une véritable spirale émotionnelle. Difficile par ailleurs de ne pas lire entre les lignes de cette histoire tragique le fait que son auteure est morte peu de temps après sa publication, à seulement 51 ans. Isabel Coixet se l’approprie et entoure de soins particuliers ce personnage féminin pétri de pudeur dans lequel elle se projette avec une infinie délicatesse. Elle nous donne notamment à partager sa solitude et ce besoin qu’elle éprouve de tisser de nouvelles relations avec la symbolique de ces trois coupes qui ont donné son titre originel au livre. Comme souvent dans son cinéma, la réalisatrice se projette dans un personnage féminin dont elle met en évidence la détermination à échapper à un destin trop écrit, tout en montrant son désir de tisser des liens. Le plus étonnant étant qu’elle réussisse à passer d’un film aussi austère qu’Un amor à ces Trois adieux au lyrisme assumé. Un paradoxe d’autant plus fascinant que dans les deux cas, elle s’appuie sur l’écrit d’une autre dont elle n’éprouve aucune difficulté à s’identifier à une héroïne tourmentée par l’amour jusqu’à la mort.
Jean-Philippe Guerand




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