Unidentified Film saoudien d’Haifaa Al Mansour (2025), avec Mila Al Zahrani, Aziz Gharbawi, Shafi Al Harthy, Othub Sharar, Adwa Alasiri, Abdullah Alqahtan, Aouhod Aljadaan, Somaya Alshareff, Noufa Bdullah, Meshal Almutairi, Amal Sami, Mishal Aleanzi, Bader Mohsen, Fea Alshea, Fatma Alshareef… 1h39. Sortie le 5 août 2026.
Employée de bureau au commissariat de Riyad Nord, en Arabie Saoudite, Nawal est accro au podcast d’une influenceuse qui relate des énigmes criminelles, tout en prodiguant des conseils de beauté. Au fil des enquêtes qui sont confiées à ses collègues, cette divorcée qui s’est éloignée des siens parce qu’ils ont refusé de la soutenir dans cette épreuve provoquée par la mort d’un nourrisson, met en pratique ce qu’elle a appris et aide discrètement ses collègues à tirer le meilleur parti des indices et des pièces à conviction dont ils disposent, en ajoutant son bon sens aux techniques d’investigation qu’on leur a enseignées. Le jour où ils découvrent le cadavre d’une jeune fille dans le désert, affleurent des hypothèses classiques : violences conjugales ou crime d’honneur. Reste cependant à identifier la victime, ce qui n’est pas une mince affaire dans un pays arabe où la condition féminine reste considérée comme secondaire. Quand l’affaire est classée par les autorités hiérarchiques sous prétexte de “ ne pas énerver la population ”, en l’absence d’empreintes digitales, d’ADN et de plainte pour disparition, et que le corps est enterré dans le plus total anonymat, elle prend sur elle de poursuivre l’enquête en utilisant son bon sens et en passant outre ses pures fonctions administratives. Jusqu’au moment où ses recherches dictées par le bon sens la mènent dans une zone grise de la société.
Haifaa Al Mansour est considérée comme la pionnière du cinéma saoudien où l’un de ses courts métrages a entraîné l’ouverture de la première salle de projection et où son premier long, Wadjda (2012), couronné de trois prix à la Mostra de Venise, a déclenché la naissance de la production nationale. Emportée ici par son sujet, elle abuse parfois des effets de style, notamment en filmant la solitude oppressante de son héroïne qui a rompu avec sa famille, à grands renforts de cadrages cassés qui traduisent l’oppression mentale qu’elle semble subir en s’identifiant à cette victime inconnue qui la renvoie à celle qu’elle a été. En revanche, elle tire parti de cette intrigue policière pour décrire le sort réservé aux jeunes filles dans cette société verrouillée où les femmes sont voilées et mariées de force, quitte à prendre tous les risques et à se lancer dans des liaisons interdites. La finalité de cette enquête policière en bonne et due forme réside dans le discours qui la sous-tend. En l’occurrence, une remise en cause audacieuse du patriarcat au sein de la grande bourgeoisie saoudienne refermée sur elle-même où les femmes restent des citoyennes de seconde zone dont la seule raison d’être consiste à donner la vie. Mine de rien, Haifaa Al Mansour témoigne d’une réelle audace en mettant en évidence ce phénomène et confirme sa maîtrise des codes cinématographiques appliquée à un sujet de société tabou qu’elle traite avec un art consommé de la mise en scène qui met en évidence des aspects peu connus de la société saoudienne la plus huppée.
Jean-Philippe Guerand




Commentaires
Enregistrer un commentaire