Film franco-italo-belge de Stéphane Demoustier (2026), avec Hadrien Hussein, Tristan Richard, Martina La Manna, Noé Houssard, Zakariya Gouram, Cécile Ducrocq, Marguerite Demoustier, Rida Elmanawehly, Sarah Le Picard, Stessie Santoru, Doralice Aberrane, Lalie Lou Dessalle… 1h33. Sortie le 8 juillet 2026.
Martina La Manna
En mai 2025, alors même qu’il présentait dans la section cannoise Un certain regard L’inconnu de la Grande Arche dont il soulignait que c’était un film de commande, Stéphane Demoustier se réjouissait de passer l’été à tourner un nouveau projet qui lui tenait à cœur. C’est un an plus tard, dans un contexte caniculaire, que sort La chaleur, l’adaptation du premier roman de Victor Jestin (Flammarion, 2019), par ailleurs scénariste du téléfilm La cour (2022) de Hafsia Herzi. Un huis clos à ciel ouvert, qui se déroule dans un camping des Landes où un adolescent plutôt introverti assiste à la chute accidentelle d’un beau gosse dont il s’empresse d’ensevelir le corps, de crainte qu’on l’accuse de l’avoir assassiné. Une version de Crime et châtiment écrasée de soleil dont le personnage principal rongé par sa mauvaise conscience vit d’autant plus sa dernière journée de vacances comme un véritable supplice que c’est aussi le moment où il rencontre une fille qui lui plaît et qu’il ne semble pas laisser indifférent. Bref, une sorte de tout ou rien en forme de compte à rebours. De ce postulat qui respecte peu ou prou la règle des trois unités, Demoustier tire une tragédie solaire et ténébreuse sur cet âge qu’on dit ingrat où les sentiments sont souvent exacerbés. Il excelle particulièrement dans la description psychologique de ce garçon mal dans sa peau et en proie à des pulsions qui le dépassent, là où il a l’impression que celles et ceux de son âge se satisfont mieux de cette période difficile de la vie.
Hadrien Hussein
La chaleur progresse à contre-courant de ces chroniques adolescentes sur lesquelles souffle volontiers un esprit régressif. Stéphane Demoustier va au-delà des apparences en faisant émerger le malaise qui ronge ces jeunes gens sur le point de plonger dans l’âge adulte. Le séducteur ne se satisfait pas de son succès superficiel, la jolie fille ne prend rien pour acquis et le vilain petit canard dont il fait son personnage principal se laisse aller à la dérive en eaux troubles. Quant aux adultes, ils semblent évoluer dans un monde parallèle sans se douter de ce qu’endurent leurs enfants. Ils n’apparaissent d’ailleurs que petit à petit, qu’il s’agisse de la mère du disparu tenaillée par la culpabilité ou de la famille du personnage principal au moment de quitter le camping. Au terme de cette période de vacances en liberté surveillée où les adultes et leurs enfants ont vécu séparés, le scénario s’achève par un retour au réel au terme d’une sorte de parenthèse enchantée. L’un des points forts de ce faux polar réside dans la justesse de son casting et plus particulièrement la personnalité de son personnage principal, en proie au malaise et au doute, dans une atmosphère festive qui devrait avoir raison de ses inhibitions. Un rôle tenu par l’excellent Hadrien Hussein auquel il est paradoxalement assez confortable de s’identifier, dans la mesure où il est seul pour affronter ses démons, à la fois face à sa famille à qui il ne se confie pas et aux autres adolescents vis-à-vis desquels les conventions lui commandent de ne pas afficher le moindre signe de faiblesse. Quitte à paraître mystérieux et insaisissable, faute de parvenir à émerger de sa bulle.
Jean-Philippe Guerand




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