Film espagnol d’Eva Libertad Garcia (2025), avec Miriam Garlo, Álvaro Cervantes, Elena Irureta, Joaquin Notario, Erika Rubia, Marc Blauk, Marc Tapia, Agustin Otón, Oti Manzano, Sofia López, Leticia Ramírez Perea, Daniela Saura Pérez… 1h39. Sortie le 29 avril 2026.
Miriam Garlo, à gauche
Le handicap est promesse de compositions spectaculaires de la part des interprètes qui y ont souvent trouvé matière à exprimer leur talent, qu’il s’agisse de Lon Chaney, le maître incontesté en la matière, Patty Duke dans Miracle en Alabama (1962) d’Arthur Penn et Daniel Day Lewis dans My Left Foot (1989) de Jim Sheridan, tous deux oscarisés, et tout récemment Robert Aramayo couronné d’un Bafta pour Plus fort que moi de Kirk Jones. La cécité a également inspiré bon nombre de films, avec une prédilection pour les mélos et les thrillers, mais c’est aujourd’hui la surdité qui inspire les scénaristes. Récemment encore, le documentaire de Dominique Fischbach Elle entend pas la moto a remporté un joli succès. C’est cette fois d’Espagne que nous parvient Sorda. Chronique d’un couple confronté à un heureux événement sur lequel plane un doute : la mère étant atteinte de surdité, son enfant héritera-t-il lui aussi de ce handicap ? L’habileté du film consiste à tirer avantage de la situation en exploitant les ressources de sa bande son pour nous mettre dans une situation qui se rapproche autant que possible de celle de sa protagoniste. Une exploitation créative de l’une des composantes principales du cinéma qui donne lieu à une véritable immersion dans un monde inconnu qui isole ses victimes du monde tel que nous y sommes habitués sans mesurer le privilège qui constitue à posséder une audition normale. Sorda nous invite ainsi à une expérience sinon à un voyage d’une grande intensité sensorielle.
Álvaro Cervantes et Miriam Garlo
Au-delà de son sujet qui ajoute aux angoisses communes de la grossesse la hantise de la surdité comme un handicap héréditaire, d’ailleurs déjà évoqué dans Elle entend pas la moto, le film d’Eva Libertad Garcia emprunte le ton de la chronique sentimentale à travers des événements coutumiers du quotidien. Sa singularité purement cinématographique réside dans son utilisation du son comme élément matriciel du cinéma. Par ailleurs diplômée en sociologie, la réalisatrice réussit ainsi à restituer au spectateur une idée sans doute assez juste de ce que représente la surdité au quotidien, alors même que ce handicap est sans doute l’un de ceux qui ont suscité les progrès les plus spectaculaires et les prothèses les plus efficaces. Le rôle principal féminin est en outre tenu par la propre sœur de la réalisatrice, Miriam Garlo, ce qui contribue sans doute pour une bonne part à la justesse psychologique du film, son personnage vivant en couple avec un homme qui entend normalement. Ce long métrage qui a notamment valu deux Goyas de la révélation de l’année aux deux sœurs s’inscrit par ailleurs dans le prolongement naturel du court du même titre tourné en 2021 en langage des signes. Sorda repose pour une bonne part sur la reproduction la plus fidèle possible de l’arc sensoriel de son héroïne et des recherches approfondies sur les fréquences les plus aiguës et les plus graves qui engendrent un effet saisissant à l’écoute. À noter que le film est exploité dans une version sous-titrée à l’usage des sourds et des malentendants.
Jean-Philippe Guerand




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