Documentaire français de Philippe Béziat (2025), avec Klaus Mäkëla, Elim Chan, Herbert Blomstedt… 1h30. Sortie le 22 avril 2026.
Klaus Mäkëla
Le titre souligne la spécificité de son ambition : nous immerger au cœur d’une formation musicale placée sous la direction d’un nouveau chef d’orchestre, en l’occurrence l’Orchestre de Paris avec à sa tête le jeune prodige finlandais Klaus Mäkelä. Un dispositif auquel sont habitués les musiciens mais qui paraît bien étrange pour les profanes. Comment mettre au diapason des individus qui ne se connaissent souvent que de réputation et parfois pas du tout pour que le jour de la première représentation le public ait l’illusion d’une harmonie parfaite. Déjà remarqué pour son éblouissant documentaire Indes galantes (2021), véritable point d’orgue d’une carrière tout entière vouée à la musique en général et à l’opéra en particulier, Philippe Béziat a le bon goût de ne jamais surplomber son sujet, malgré une expertise qui n’est plus à démontrer. Il nous prend au contraire par la main, s’attache au moindre détail et montre comment l’harmonie se fabrique naturellement. Son film est une sorte de miracle artistique autour d’une certaine idée de la perfection. Nul besoin d’être musicologue, musicien ni même mélomane pour apprécier cette immersion vertigineuse. On y suit la constitution d’un groupe dédié à une cause artistique qui ressemble à une vaste mosaïque dont chaque soliste représente une pièce indispensable aux oreilles d’un public qui n’en retiendra qu’une communion miraculeuse. C’est tout l’enjeu de ce film de nous faire pénétrer dans ce monde mystérieux, qui plus est avec le nec plus ultra de l’excellence sonore.
La problématique du film consiste à s’interroger sur la place qu’occupe l’individu au sein du groupe et les interactions qui en découlent. Vaste sujet qui prend ici une portée universelle, à travers la confrontation de cent vingt musiciens avec celui qui avoir la redoutable tâche de les mener à la baguette. L’usage veut que le chef d’orchestre a souvent été mis sur un piédestal au cinéma, parfois au détriment de celles et ceux qu’il conduit, de Prova d’orchestra (1978) de Federico Fellini au Chef d’orchestre (1980) d’Andrzej Wajda en passant par Le concert (2009) de Radu Mihaileanu et plus récemment Divertimento (2022) de Marie-Castille Mention-Schaar et Maestro(s) de Bruno Chiche, avec en filigrane. Le postulat de Nous l’orchestre consiste au contraire à montrer comment un groupe humain se fédère autour d’un projet artistique dont la dramaturgie est la musique elle-même. Le projet cinématographique a ainsi pu profiter de la logistique mise en œuvre par la Philharmonie de Paris, à commencer par les micros destinés aux musiciens qui confèrent à la restitution de l’ambiance sonore une qualité hors du commun que rehaussent pour le spectateur de cinéma l’Atmos et le Dolby 5.1. La caméra n’est pas en reste qui s’attarde sur des détails, filme les visages mais aussi la main aux doigts écartés du chef d’orchestre. Et à travers les rapports de l’individu au collectif des personnalités plus ou moins singulières qui poursuivent le même but, mais pas toujours en empruntant un itinéraire identique. De même qu’ils peuvent se rendre aux répétitions en transport en commun, à bicyclette ou à pied. Avec cette obsession de Philippe Béziat qui consiste à considérer tous les spectateurs à égalité en se gardant du moindre élitisme. C’est aussi ce qui fait le prix de son film.
Jean-Philippe Guerand




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