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“Marty Supreme” de Josh Safdie



Film américain de Josh Safdie (2025), avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A’Zion, Kevin O’Leary, Tyler Okonma, Abel Ferrara, Fran Drescher, Penn Jillette, Sandra Bernhard, Spenser Granese, Emory Cohen, Géza Röhrig, Joshua Bennett, Pico Iyer… 2h29. Sortie le 18 février 2026.



Timothée Chalamet



Les frères Safdie ont longtemps été associés au générique des films qu’ils réalisaient à quatre yeux, de Lenny and the Kids (2009) à Uncut Gems (2019). 2025 aura marqué leurs débuts respectifs en solo : Benny avec Smashing Machine consacré à un champion d’arts martiaux mixtes, Josh avec Marty Supreme qui évoque la personnalité d’un as du ping-pong inspiré de Marty Reisman rebaptisé Mauser à l’écran. Dans les années 50, un vendeur de chaussures arrogant et sûr de lui se fait une place au soleil du tennis de table dominé par les champions du Pays du Soleil levant et entreprend de mettre un terme à l’hégémonie outrecuidante de ce peuple japonais vaincu par les Américains au terme de la Seconde Guerre mondiale et banni d’innombrables compétitions sportives. Le patriotisme n’est toutefois qu’un prétexte pour cet arriviste aux dents longues qui n’est pas précisément sympathique. C’est d’ailleurs ce qui fait tout l’intérêt de ce personnage qui tranche délibérément avec l’idéalisation inhérente à ce type de biopic. Il pratique en outre un sport qui n’est pas évident à filmer, même tel qu’il se pratiquait encore dans les années 50 où les joueurs se positionnaient nettement plus près de la table qu’aujourd’hui. Adepte depuis ses débuts du mumblecore, ce courant du cinéma indépendant américain qui prône un minimalisme et une liberté héritées de John Cassavetes, Josh Safdie signe cette fois une reconstitution soignée qui s’appuie sur deux piliers artistiques : le chef opérateur français Darius Khondji qui a déjà éclairé le dernier film du tandem, et le décorateur Jack Fisk qui a notamment imprimé sa marque aux huit premiers films de Terrence Malick.



Gwyneth Paltrow



Marty Supreme est indissociable de Timothée Chalamet, déjà couronné d’un Golden Globe pour ce rôle où il donne toute la mesure de son talent quelques mois seulement après ses prestations remarquables dans Dune et Un parfait inconnu. Le nouveau petit fiancé de l’Amérique s’avère une fois de plus irrésistible dans la peau de ce sale gosse irritant et hâbleur qui ose tout pour réussir, y compris séduire la femme plus âgée et intouchable que campe Gwyneth Paltrow dans un comeback inattendu, même si son personnage ne fait qu’un tour et puis s’en va, comme une vulgaire rustine sur un scénario qui n’en avait pas besoin, tant il manque de cohérence et donne l’impression d’enchaîner les morceaux de bravoure de nature à faire briller son interprète principal qui en vient à vampiriser non seulement son personnage, mais le film tout entier, comme il en a de plus en plus tendance. Quitte à tout écraser sur son passage et  ne laisser que des miettes à ses partenaires, ce qui n’est jamais bon signe. À l’exception notable ici de la renversante Odessa A’Zion et du désopilant Abel Ferrara. Malgré sa durée excessive, Marty Supreme remplit sa mission et constitue un écrin de nature à faire briller le joyau Chalamet, même si le ping-pong n’est décidément pas le sport le plus gratifiant à filmer. On en retiendra toutefois la reconstitution soignée de l’envers du fameux rêve américain dans cette Après-Guerre paranoïaque où l’ennemi désigné est l’Union Soviétique et où la peur du Rouge nourrit la délation maccarthyste. Rien de tout cela ici, Marty Mauser n’étant guidé que par son individualisme forcené, même quand il est supposé défendre les couleurs du drapeau américain. Il en reste un héros étonnamment peu empathique auquel il semble difficile de s’identifier, bien que Chalamet assume ses défauts et en rajoute même volontiers. Difficile, en conséquence, de distinguer l’artiste de son modèle.

Jean-Philippe Guerand



Timothée Chalamet

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