Nin siu yat gei Film hong-kongo-singapourien de Nick Cheuk (2023), avec Lo Chun Yip, Ronald Cheng, Hanna Chan, Rosa Maria Velasco, Charm Man Chan, Sean Wong, Pak-Lim Curtis Ho, Koyi Mak, Sabrina Ng, Henick Chou, Yukki Tai, Nancy Kwai, Luna Shaw, Joey Cho Yiu Leung, Rachel Leung, Yee Chun Jessica Chan, Lawrence Ah Moon… 1h35. Sortie le 21 janvier 2026.
Lo Chun Yip
Si l’on en croit quelques-uns des films asiatiques qu’il nous a été donné voir ces temps-ci, le moral de ces populations ne brille pas vraiment au beau fixe. Dans En garde, c’était deux frères de Singapour qui entretenaient des relations compliquées. Dans Jusqu’à l’aube, on s’attachait à deux jeunes collègues japonais en proie à des pathologies incompatibles avec le rythme de leur quotidien. Venu de Hong Kong, Une page après l’autre est une sorte de chronique de l’enfer dans laquelle un garçon traumatisé par la mort de son frère aîné voit son existence gâchée par de subits accès de violence qu’il ne parvient pas à maîtriser. Hanté par ses souvenirs du disparu, il peine à trouver sa place dans le monde et voit ses pires cauchemars rejaillir quand, devenu enseignant, il est confronté au message de détresse d’un adolescent qui évoque le suicide. Dès lors, il se sent investi d’une mission : identifier l’auteur de ces mots pour le dissuader de passer à l’acte. Avec en arrière-pensée, le spectre de son frère qu’il n’est pas parvenu à sauver. Une mission qui ressemble à un acte de rédemption dans un pays où le suicide des adolescents est devenu un véritable phénomène de société, avec tout ce qu’il implique de questionnements.
Sean Wong et Rosa Maria Velasco
Les références qu’aime invoquer Nick Cheuk sont tout à la fois contemporaines et autobiographiques. Elles mêlent des réalisatrices aussi engagées que Sofia Coppola et Greta Gerwig à des francs-tireurs tels que Barry Jenkins et Xavier Dolan. Le réalisateur a d’ailleurs choisi pour interprète principal de ce film inspiré par la perte d’un ami cher Lo Chun Yip, cinéaste lui aussi, qu’il a eu naguère pour camarade de classe et qu’il avait déjà dirigé dans un de ses courts métrages. Son interprétation tout en retenue confère à son personnage une gravité particulière qui repose pour une bonne part sur les sentiments qu’il ne parvient pas à extérioriser sous l’effet d’une pudeur extrême. Le film esquisse en filigrane un tableau plutôt sombre de la société hong-kongaise où la pression sociale est à l’origine dès le plus jeune âge d’un phénomène de dépression de masse qu’entretient un esprit de compétition fort répandu, mais où le suicide reste un sujet tabou très rarement évoqué en public. Une page après l’autre adopte à dessein un point de vue empathique et entend davantage ouvrir le débat que se hasarder à préconiser une solution quelconque. Tel n’est pas le propos de ce film délicat et funèbre qui préfère souvent suggérer que montrer pour se mettre au diapason d’une société moins prompte à aborder frontalement les sujets qui fâchent qu’à recourir à la suggestion. Or, c’est cette pudeur qui nous étreint ici jusqu’aux larmes par l’universalité des sentiments qu’elle réussit à refouler avec un tact infini.
Jean-Philippe Guerand




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