Yoake no subete Film japonais de Shō Miyake (2024), avec Hokuto Matsumura, Mone Kamishiraishi, Ryô, Ken Mitsuishi, Kiyohiko Shibukawa, Norihiko Tsujimoto, Chihiro Oshima… 1h59. Sortie le 14 janvier 2026.
Hokuto Matsumura et Mone Kamishiraishi
Qu’est-ce que l’amour ? Vaste question dont l’humanité cherche la réponse depuis ses origines ou presque. Pour certains, il s’agit d’une union entre deux âmes sœurs. Pour d’autres, il s’agit de la communion des contraires. Shō Miyake met quant à lui en scène dans Jusqu’à l’aube la rencontre de deux êtres qui partagent des névroses douloureuses aux conséquences incalculables. À se demander quels sont les critères de recrutement du directeur des ressources humaines de la petite entreprise de vulgarisation astronomique dans laquelle se rencontrent Misa et Takatoshi. Elle souffre d’un syndrome prémenstruel, lui est en proie à des crises de panique aiguës. C’est sur la prise en compte mutuelle de leurs failles qu’ils vont tenter de donner un sens à leur vie et surtout de la rendre plus supportable au quotidien, le tout à l’insu de leurs collègues et de leur hiérarchie, par ailleurs plutôt conciliante, même si la pudeur et la discrétion sont de mise chez ces deux êtres en souffrance psychologique. Le rythme très particulier de ce film constitue sans doute son handicap le plus évident, mais il épouse le tempo de ces deux personnages en total décalage avec la frénésie du monde moderne et contribue à souligner leur inadaptation à un rythme qui les étourdit et les panique malgré eux. Le choix de leur domaine d’activité reflète d’ailleurs ce besoin permanent qu’ils éprouvent face à une civilisation tapageuse et frénétique qui semble avoir renoncé à prendre son temps, là où eux en éprouvent un besoin vital. La fabrication de supports pédagogiques scientifiques et de planétariums mobiles implique symboliquement un regard tourné en direction du ciel et des étoiles donc vers l’infini et l’inconnu.
Mone Kamishiraishi
Le geste fondateur de cette complicité en devenir est hautement symbolique. Il consiste pour la timide Misa à offrir à son collègue réservé Takatoshi son passeport vers la liberté : un vélo qui va lui permettre de s’affranchir de ces transports en commun dont il redoute les multiples dangers, à commencer par une promiscuité considérée comme agressive. Cette histoire simple désignée comme meilleur film japonais de l’année propose une réflexion intéressante sur les paradoxes de ce pays tiraillé entre de puissantes traditions ancestrales et une course effrénée vers le progrès et les technologies de pointe. Déjà remarqué pour son film précédent, La beauté du geste, Shō Miyake adapte là un roman de Seo Maiko qui s’attache à sonder les tourments de ses deux personnages principaux à travers les signes extérieurs les plus infimes et les réactions ténues qu’ils manifestent dans certaines circonstances. Un véritable tour de force qui repose sur un rythme particulièrement lent et passe par un tempo qui tranche avec celui auquel nous a habitué le cinéma contemporain à la poursuite d’un jeune public accoutumé quant à lui à une vitesse exponentielle. Ce parti pris audacieux constitue à n’en pas douter la singularité principale de ce film qui se donne les moyens de ses ambitions, quitte à adopter le point de vue de ses deux protagonistes au diapason l’un de l’autre, mais décalés par rapport à l’univers trépidant dans lequel ils peinent à trouver leurs marques mais se soutiennent discrètement en évoluant de la camaraderie à l’amitié, puis à l’amour, à l’insu de leurs collègues pourtant bienveillants.
Jean-Philippe Guerand




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