Film américain de Johannes Roberts (2025), avec Johnny Sequoyah, Jessica Alexander, Victoria Wyant, Troy Kotsur, Benjamin Cheng, Gia Hunter, Miguel Torres Umba, Tienne Simon, Charlie Mann, Amina Abdi, Stuart Whelan, Kieran Deane… 1h29. Sortie le 21 janvier 2026.
Johnny Sequoyah
Ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire des grimaces. On sait depuis King Kong combien le cinéma affectionne de confronter les humains à leurs lointains congénères. Primate joue sur ces peurs en décrivant l’affrontement à mort d’un chimpanzé enragé avec des victimes potentielles, circonscrit sur une île a priori paradisiaque transformée en enfer par cet animal devenu fou qui s’en prend à la famille de son bienfaiteur. Le film revendique la simplicité de son scénario et va jusqu’au bout de son postulat de départ à un rythme frénétique. Les victimes sont, comme il se doit dans ce genre codifié, des donzelles prêtes à tout pour profiter de leur séjour à Hawaï et peu enclines à la prudence élémentaire quand elles ont l’occasion de plonger dans une piscine avec vue imprenable. Le singe manifeste quant à lui des réactions pour le moins imprévisibles dont une agressivité qui doit sans doute beaucoup à la nature même du dispositif choisi pour le représenter, un acteur costumé ayant été réquisitionné à cet effet, là où il est plutôt d’usage de recourir à des animatroniques et autres effets spéciaux numériques désormais d’une sophistication bluffante. Le bénéfice de cette décision qui avait contribué pour une bonne part à la réussite du biopic de Robbie Williams, Better Man, passe notamment ici par le regard de cet hominidé qui parvient à exprimer sa dualité de victime et de bourreau, dépossédé de sa nature profonde, sans doute pour une bonne part afin de ne pas mobiliser contre lui l’ire des amis des animaux et autres écologistes, toujours prompts à s’élever contre les raccourcis trop saisissants.
Troy Kotsur
Réputé pour la franchise de requins 47 Meters Down, le réalisateur britannique Johannes Roberts, décidément fasciné par les animaux dangereux, met en scène cet affrontement en respectant peu ou prou les trois unités et réussit la prouesse de faire du neuf avec du vieux par un sens du timing éprouvé qui ne ménage aucun temps mort. Le contraste est d’autant plus saisissant entre ce chimpanzé élevé comme un animal de compagnie avant de se retourner contre ses maîtres et les proies faciles qu’il terrorise avec un sadisme digne… d’un humain. Le film se situe au croisement des classiques du genre, Phenomena (1985) de Dario Argento, Link (1986) de Richard Franklin, Incidents de parcours (1988) de George A. Romero ou Nope (2022) de Jordan Peele, mais aussi des slashers traditionnels où l’on savoure les sévices infligés à des adolescents arrogants qui se croient systématiquement plus forts que le diable, au point de prendre les risques les plus insensés. La mise en scène joue avec nos nerfs sur un argument particulièrement mince, mais laisse assez peu d’espoir de survie aux victimes, le singe ayant la malice de s’attaquer en priorité aux plus vulnérables et de laisser pour la fin son affrontement avec les membres de sa famille adoptive. Quant au réalisateur, il ne s’encombre pas vraiment de cas de conscience et il joue la carte du cinéma de genre avec une jubilation communicative et dépourvue d’états d’âme. On n’en demande pas davantage.
Jean-Philippe Guerand




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