Film italien de Paolo Sorrentino (2025), avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello, Milvia Marigliano, Giuseppe Gaiani, Giovanna Guida, Alessia Giuliani, Roberto Zibetti, Linda Messerklinger, Vasco Mirandola, Rufin Doh Zeyenouin, Guè Pequeno, Simone Colombari, Alexandra Gottschlich, Francesco Martino… 2h13. Sortie le 28 janvier 2026.
Après deux élégies consacrées à Naples, La main de Dieu (2021) et Parthenope (2024) Paolo Sorrentino revient à un autre de ses thèmes de prédilection : le pouvoir. Il retrouve pour l’occasion l’acteur qui l’a souvent incarné à sa demande, au point de devenir son interprète fétiche : Toni Servillo, révélé auparavant dans quatre films signés Mario Martone, son alter ego de toujours devenu entre-temps l’un des plus grands comédiens italiens de sa génération. Après avoir campé Giulio Andreotti dans Il Divo (2008), Silvio Berlusconi dans Silvio et les autres (2018), il incarne aujourd’hui un président de la République italienne sur le point de quitter ses fonctions. Avec toutefois deux dilemmes à résoudre pour le catholique qu’il est : promulguer une loi sur l’euthanasie et accorder sa grâce à deux meurtriers gratifiés de circonstances atténuantes. Un double cas de conscience qui va hanter la fin de mandat de ce juriste d’exception paré de toutes les vertus d’un honnête homme, y compris une culture encyclopédique dont il sait qu’il sera le dernier à son poste à pouvoir s’en réclamer. Sorrentino se montre ici moins narquois, sardonique et même critique qu’à son habitude. Il décrit avant tout la solitude de ce politicien estimé pour sa sagesse qui vit en autarcie, fréquente des relations choisies toujours prêtes à lui prodiguer des conseils et se méfie des cercles d’influence et des courtisans qu’attirent ses fonctions. Toni Servillo excelle une fois de plus dans ce rôle tout en retenue qui lui a d’ailleurs valu la Coupe Volpi à la Mostra de Venise après quatre David di Donatello et deux prix du meilleur acteur européen.
Toni Servillo et Anna Ferzetti
La Grazia dont le titre cultive une ambiguïté assumée, éclaire d’un jour inédit la solitude du pouvoir quand il s’agit de prendre des décisions de la plus haute importance. Mariano De Santis est en outre un croyant tourmenté et un constitutionnaliste émérite, deux caractéristiques pas toujours compatibles lorsqu’il s’agit de trancher afin de mettre les lois en conformité avec l’évolution des mœurs. Au-delà du portrait touchant de ce grand commis de l’état solitaire qui ne fréquente que quelques personnes, toujours les mêmes depuis des lustres, chacune dans son rôle immuable, le film distille une irrépressible mélancolie. Il semble correspondre très exactement au moment où le rideau se baisse au théâtre un soir de dernière. La suite, on n’a pas besoin de la voir. On la suppute. Elle mènera au trépas et vraisemblablement à des obsèques nationales. Comme un ultime tour de piste. Ce rôle de composition constitue l’aboutissement de tous ces personnages sûrs d’eux et dominateurs qu’a incarnés Toni Servillo. C’est aussi un sage en décalage avec les mœurs de son époque qui se fait une très haute idée de ses responsabilités. Sorrentino trouve pour le décrire des ressources émotionnelles insoupçonnées et semble vouloir signer combien le personnel politique a changé et ne se recrute plus désormais parmi les humanistes et les fins lettrés, mais chez des produits de la téléréalité et des réseaux sociaux qui considèrent l’être inférieur au paraître. Mais sous la morale perce aussi l’émotion.
Jean-Philippe Guerand




Commentaires
Enregistrer un commentaire