Documentaire français de Virgil Vernier (2024), avec Iulia Perminova, Rayane Mcirdi, Liya Shay… 48 mn. Sortie le 21 janvier 2026.
Iulia Perminova
Film après film, Virgil Vernier se comporte comme un insecte attiré par la lumière et réalise des courts et des moyens métrages à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Il poursuit avec Imperial Princess un cycle qui prend pour cadre la jeunesse huppée de la Côte d’Azur. Le titre désigne à la fois sa blonde protagoniste, fille d’un oligarque retourné en Russie à la suite des sanctions prises contre les ressortissants de son pays, et le yacht familial exfiltré à Dubaï pour échapper à une confiscation annoncée. Portrait saisissant d’une pauvre petite fille riche et dilettante qui néglige ses études pour se contempler dans des miroirs et se laisse enivrer par le bruit des bolides pétaradants qui animent la principauté lors du grand prix de Monaco. Le réalisateur prend moins de recul qu’à son habitude sur son sujet et confie même volontiers à Iulia Perminova le soin de se filmer, à la manière d’une influenceuse amoureuse de sa propre image. Résultat, on ne sait plus vraiment où se situe le regard du réalisateur qui laisse la jeune femme agir sans jamais questionner son point de vue véritable sur le monde factice qui l’entoure. Chronique d’une solitude oppressante qui se présente en fait comme le contre-champ de deux des opus précédents du réalisateur : Sapphire Crystal (2019) et 100 000 000 000 000 (Cent mille milliards) (2024).
La réalité que filme Virgil Vernier est un monde inaccessible au commun des mortels qui évolue en circuit fermé, à l’image de cette ville aux allures de coffre-fort dont les rues se transforment en piste automobile une fois par an. Fantasme dérisoire qui satisfait aussi une fascination morbide pour le danger. La limite du film réside dans le narcissisme de son personnage principal et son égoïsme vis-à-vis des enjeux qui se jouent sur le front ukrainien. Elle vit dans sa bulle, s’en contente et s’en satisfait, même si, au détour d’une image d’accident, le réalisateur nous fait comprendre que sa fascination pour la vitesse va de pair avec un voyeurisme qui a le goût du sang. Le film réussit toutefois son pari par son point de vue. Bien que Iulia Perminova maîtrise l’image qu’elle veut renvoyer d’elle-même et reste assez discrète sur ses relations avec les autres parmi une jet set peu sensible au fracas du monde extérieur, elle dégage une impression désagréable par son nombrilisme et son égoïsme. Imperial Princess constitue en cela un témoignage précieux sur une société autarcique sinon autistique jusqu’à l’ivresse, bien que Monaco ne soit pas la Russie et que le caractère artificiel de cette principauté immortalisée il y a près d’un siècle dans les studios californiens de la Paramount par Monte Carlo (1930) d’Ernst Lubitsch n’ait pas changé. Sinon qu’on n’est ici ni dans un conte de fées ni dans une comédie musicale, mais dans une réalité moins flatteuse.
Jean-Philippe Guerand




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