Film français d’Alice Vial (2025), avec Magalie Lépine Blondeau, Jonathan Cohen, Florence Janas, Jean-Christophe Folly, Anne Benoît, Afida Tahri, Éric Naggar, Nanou Garcia, Nina Aboutajedyne, François Chattot, François Creton, Oscar Lesage, Marie Lelong, Jean-Édouard Bodziak… 1h38. Sortie le 17 décembre 2025.
Magalie Lépine Blondeau et Anne Benoît
Devenue une véritable vache à lait du cinéma commercial, la comédie sentimentale ne réussit vraiment à séduire que quand elle respecte certaines règles mais refuse de se plier aux conventions en les contournant par son imagination. Elsa est une célibataire qui s’assume. Une quadragénaire qui ne semble pas avoir trouvé l’âme sœur et s’en contente. À cette nuance près que cette situation est moins la conséquence d’un choix que d’une fatalité qui s’avère parfois difficile à assumer dans un monde où la tentation de séduire et d’être charmé est plus présente que jamais. Alors, le soir où elle rencontre Oscar, un type charmant et attentionné, ses certitudes commencent à vaciller et elle entrevoit les perspectives d’une nouvelle vie… à deux. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Elsa n’était en proie à un pouvoir qui la dépasse. Elle entretient en effet un rapport très particulier avec les défunts qui l’empêche parfois de les distinguer des vivants et lui permet d’établir avec eux une communication parfois sujette à confusion. Entre bienfait et malédiction, sa vie sentimentale s’avère dès lors pour le moins aléatoire et semble exclure toute tentative d’attachement à long terme, sous peine d’enchaîner les désillusions et de provoquer des phénomènes paranormaux qui la dépassent.
Magalie Lépine Blondeau et Jonathan Cohen
L’âme idéale renoue avec la veine fantastique de certaines perles vintage comme Le ciel peut attendre (1943) d’Ernst Lubitsch, Une question de vie ou de mort (1946) de Michael Powell et Emeric Pressburger ou Ghost (1990) de Jerry Zucker, en s’attachant à une romance impossible sur laquelle plane une menace occulte. Un sujet particulièrement audacieux qu’Alice Vial aborde sans tricher avec les contraintes qu’elle s’impose. Elle invente pour cela un couple aussi attachant que singulier où la Québécoise Magalie Lépine Blondeau, révélée en adepte des amours ancillaires dans Simple comme Sylvain, impose sa maturité réjouissante face à un Jonathan Lambert surprenant de vulnérabilité dans un contre-emploi parfait qui confirme son évolution remarquable amorcée dans Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan. Jamais tout à fait où on l’attend, cette fausse bluette distille un bonheur rare en très bonne compagnie et réussit la prouesse de nous convaincre que la malédiction qui en constitue le cœur pourrait céder sous le poids de l’amour. Au-delà de ses apparences trompeuses, ce film nous prend à son charme et propose en prime une réflexion très sérieuse sur notre rapport à la mort et un don de communication avec l’Au-Delà qui renvoie à d’anciennes croyances et notamment au vaudou. Avec en prime une échappée très originale vers le fantastique qui repose moins sur les effets spéciaux que sur un pouvoir de suggestion très habile. L’âme idéale est sans doute l’ultime surprise de cette fin d’année peu propice au cinéma français populaire par sa propension à tordre le cou aux clichés et aux stéréotypes pour mieux nous prendre à son piège amoureux.
Jean-Philippe Guerand




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