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“Rose” de Markus Schleinzer



Film austro-allemand de Markus Schleinzer (2026), avec Sandra Hüller, Caro Braun, Marisa Growaldt, Godehard Giese, Maria Dragus, Annalisa Hohl, Robert Gwisdek, Augustino Renken, Maurice Leonhard, Anni Molke, Emma Bahlmann, Bastian Trost… 1h34. Sortie le 9 septembre 2026.



Sandra Hüller



Primée pour ce rôle de Rose à la Berlinale, Sandra Hüller est décidément une actrice tout-terrain qui attire en tant que telle des projets aussi ambitieux que singuliers qu’elle s’approprie. Et sur ce registre, la comédienne allemande aligne une filmographie exemplaire qui lui a déjà valu le prix du cinéma européen 2016 pour Toni Erdmann de Maren Ade, des prestations remarquées à Cannes en 2023 dans Anatomie d’une chute, la Palme d’or de Justine Triet, et La zone d’intérêt, le grand prix de Jonathan Glazer, et désormais deux Ours d’argent de la meilleure actrice en 2006 pour Requiem et cette année pour Rose. Elle y campe un soldat au lendemain de la guerre de Trente ans qui est soupçonnée d’être une femme travestie en homme dans un XVIIe siècle cramponné à des préjugés solidement établis. Ce personnage complexe, qui plus est balafré, se situe à l’intersection de plusieurs problématiques dont la moindre n’est pas celle du genre qui agite la société occidentale contemporaine en suscitant de violentes polémiques dans des pays aussi importants que la Russie de Vladimir Poutine et les États-Unis de Donald Trump. Cette histoire renvoie en outre à une longue tradition romanesque qui va de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier à Victor Victoria de Blake Edwards et reflète le souhait de certaines femmes d’accéder à des privilèges réservés aux hommes voire de transgresser certains interdits. Avec ce cri du cœur que prononce cette jeune femme en uniforme : “ On est plus libre en pantalon. ”



Sandra Hüller, au centre



Markus Schleinzer ne cherche à aucun moment à duper le spectateur ni même à jouer la carte de la subversion délibérée. Bien au contraire. Il joue franc-jeu et confie pour cela ce rôle à une comédienne de renom dont la composition frise le tragique plutôt que la légèreté. Son besoin de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas répond à la fois à la volonté d’exercer un métier des armes alors prohibé aux femmes et sans doute aussi une souffrance existentielle liée au fait de ne pas être née dans le bon corps, sujet actuel s’il en est. Sandra Hüller exprime avec finesse la douleur de son personnage en proie aux préjugés d’une société protestante rigoriste et hostile que le réalisateur choisit de filmer dans un noir et blanc minéral qui reflète sa rudesse. Sa performance s’avère à la démesure d’un film résolument d’une facture austère qui traite de l’intolérance, sujet ô combien éternel qui se heurte ici à des préjugés religieux et finit par vouer cette rebelle en souffrance à une véritable chasse aux sorcières. La mise en scène tisse peu à peu sa toile autour de ce personnage égaré de dame qui porte la culotte, en prenant soin de décrire une société rétrograde en proie à une vision du monde dogmatique qui ne supporte aucun écart sur le plan des mœurs, sous prétexte de sauvegarder le patriarcat et de séparer le bon grain de l’ivraie en écartant les intrus, et plus encore les intruses. Cette Rose ne manque vraiment pas de piquant.

Jean-Philippe Guerand






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