Documentaire français de Christophe Dimitri Réveille (2026), avec Pombo, Benigno, Urbano, Régis Debray, Félix Rodriguez, Gary Prado, El Négro, (voix) Vincent Lindon… 1h38. Sortie le 9 septembre 2026.
Figure emblématique de la résistance à l’impérialisme nord-américain dont le portrait iconique a tapissé les murs d’innombrables chambres d’adolescents qui n’en connaissaient pas toujours le destin véritable, Ernesto Che Guevara fait partie de ces héros dont la mort a transformé la vie en destin de légende. Compagnon de lutte de Fidel Castro, il part exporter la révolution en Amérique latine et y propager la bonne parole anticapitaliste dans ces années 60 où l’utopie semble à portée de fusil. Jusqu’au moment où il est exécuté en octobre 1967, laissant ses six compagnons tout tenter pour regagner Cuba, avec à leurs trousses quatre mille soldats boliviens. Certains guérilleros sont morts, d’autres ont poursuivi la lutte et propagé le message de leur chef. Les survivants du Che évoque leur incroyable cavale à travers leurs témoignages inédits, des images d’archive et la reconstitution de certaines scènes en animation. Un travail de titan qui a commencé pour Christophe Réveille en 2003, lorsqu’il a rencontré l’un de ses compagnons de route, condamné à mort par le régime castriste et réfugié politique dans l’anonymat de la banlieue parisienne. Petit à petit, il a dévidé la pelote pour en tirer un film qui relate la fuite de cette patrouille perdue et, à travers elle, une page oubliée de la contestation qui met en lumière l’épilogue ignoré de la révolution et de ses derniers combattants. Un récit porté par la voix de Vincent Lindon et le témoignage d’un compagnon de lutte français du Che, Régis Debray, sur les traces mêmes de cette épopée.
Ernesto Che Guevara
Christophe Réveille signe un film passionnant qui met un langage polyphonique au service d’une cause en écho direct avec notre époque en quête d’idéologies de nature à lui redonner confiance en l’avenir. Une coïncidence a voulu que ce documentaire présenté au Festival de Cannes résonne avec un autre : Une vie manifeste de Jean-Gabriel Périot qui retrace le destin oublié de la journaliste Michèle Firk, engagée elle aussi dans la lutte armée et morte les armes à la main au Guatemala, tout juste onze mois après Che Guevara. Peut-être faut-il y voir le double signe d’une soif idéologique qui ne trouve aujourd’hui à s’étancher qu’en se tournant vers le passé, à défaut de parier sur l’avenir. Une amertume contemporaine qui traverse ce film plus nostalgique que militant où l’on découvre le rôle inattendu joué par de Gaulle pour sauver de la mort ces combattants aux abois en lesquels il avait peut-être perçu un esprit de résistance familier. La reconstitution de cette folle épopée tapissée d’enjeux géopolitiques majeurs, dont le soutien controversé apporté par le Chili aux fuyards, reste indissociable du rôle fondamental joué par la CIA. À six décennies de distance, Les survivants du Che porte un regard éclairant sur une lutte armée qui ambitionnait ni plus ni moins que de propager la révolution au point culminant de la Guerre froide. C’est une belle leçon d’histoire qui ne figure sans doute dans aucun manuel scolaire mais reflète avec justesse les utopies palpitantes de son époque.
Jean-Philippe Guerand




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