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“La dernière patiente” de Rémi Bassaler



Film français de Rémi Bassaler (2026), avec Anouk Grinberg, Luàna Bajrami, Félix Lefebvre, Achille Reggiani, Rabah Naït Oufella… 1h20. Sortie le 2 septembre 2026.



Anouk Grinberg et Luàna Bajrami



Plus les langues se délient, plus notre passé apparaît comme un véritable enfer qui a provoqué une véritable hécatombe morale et sexuelle. La littérature et le cinéma reflètent désormais cette libération de la parole tardive et deviennent les lieux privilégiés où ces douleurs, ces fractures et ces traumatismes s’expriment enfin au grand jour, quitte à se révéler assourdissants. La dernière patiente participe de cette lame de fond à sa façon. Son interprète principale, Anouk Grinberg, a par ailleurs consacré un livre à exorciser ses douleurs les plus intimes, “Respect” (Julliard, 2025). Ce rôle peut apparaître d’une certaine manière comme son prolongement indirect, ne serait-ce que par l’engagement personnel qu’il implique de la part d’une actrice blessée. Elle y incarne une femme médecin qui s’apprête à quitter son cabinet pour prendre une retraite bien méritée lorsqu’une inconnue enceinte de huit mois et en rupture de soin la sollicite de toute urgence. Dès lors, la nuit qui va suivre ressemblera davantage à une épreuve initiatique qu’à une consultation tout à fait comme les autres… Elle va réunir ces deux femmes qui ont l’âge d’être mère et fille au service d’une cause majeure. En filigrane de ce film affleure un problème trop rarement évoqué à l’écran : la crise du système de santé qui laisse en rade les plus faibles, livrés à eux-mêmes au moment où ils sont les plus vulnérables. Le scénario assume ses vertus pédagogiques à travers une dramatisation minimale d’une situation parfaitement vraisemblable et ce n’est pas parce qu’il est mis en scène par un homme qu’il amoindrit pour autant le malaise ambiant face à des institutions incapables d’assumer leurs fonctions fondamentales.



Anouk Grinberg et Luàna Bajrami



Au-delà de la confrontation de ces deux femmes en proie à des structures défaillantes, le film ajoute à son propos un troisième personnage qui joue les perturbateurs par son irresponsabilité chronique. Le futur père de l’enfant qui n’assume rien, mais n’en éprouve aucun regret : l’occasion d’une contre-performance involontaire de Félix Lefebvre en macho lourdaud aux cheveux oxygénés qui n’existe pas suffisamment pour être crédible. Le film pointe à travers sa passivité agressive les ravages d’un patriarcat mou qui s’exerce à mauvais escient et prive certaines femmes de leur libre-arbitre. Le personnage qu’incarne Luàna Bajrami est ainsi victime de ses origines sociales extrêmement modestes et d’une carence d’informations qui ont conduit à son déni de grossesse avant de se résoudre à crier au secours alors qu’il est bien trop tard pour intervenir efficacement. Dès lors, son compagnon incarne son mauvais génie immature qui l’a sans doute incitée à se replier sur elle-même sans prendre les dispositions sanitaires les plus élémentaires ni solliciter les conseils de quiconque. Face à son dénuement, la femme usée qu’incarne Anouk Grinberg se comporte à la fois en thérapeute et en mère, compensant l’impuissance de la médecine par la vertu de l’expérience accumulée. Ce film circonscrit dans trois pièces et réduit à quelques personnages atteint ses limites dans son manque de nuances. L’engagement de ses deux interprètes féminines n’est pas en cause, mais il concourt à un discours dépourvu de nuances qui dessert la gravité de son propos. Un célèbre slogan situationniste affirmait que la dialectique peut casser des briques. Il arrive en tout cas parfois qu’elle casse les pieds faute de nuances. C’est malheureusement le cas de cette Dernière patiente dénuée de nuances qui échoue à transformer ses bonnes intentions en un film digne de ce nom.

Jean-Philippe Guerand






Luàna Bajrami, Félix Lefebvre et Anouk Grinberg

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