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“Histoires de la nuit” de Léa Mysius



Film franco-belge de Léa Mysius (2026), avec Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon, Monica Bellucci, Paul Hamy, Alane Delhaye, Tawba El Gharchi, Servane Ducorps, Tatia Tsuladze… 1h54. Sortie le 16 septembre 2026.



Hafsia Herzi



Accueilli pour le moins fraîchement au Festival de Cannes où il avait la lourde responsabilité de clore une compétition d’une tenue indéniable, le quatrième long métrage de Léa Mysius a sans doute pâti de cette programmation tardive, malgré la caution du roman qui l’a inspirée : Histoires de la nuit de Laurent Mauvignier (Éditions de Minuit, 2020), mais aussi de son statut de film de genre, toujours considéré comme suspect dans les festivals. L’intrigue se déroule dans une ferme perdue en pleine campagne où habite un couple, sa fille et leur voisine peintre. Un huis clos à ciel ouvert dans lequel débarquent trois intrus qui n’ont pas échoué là par hasard, mais sont venus demander des comptes à la maîtresse des lieux dont le passé va affleurer petit à petit, le jour même de son anniversaire. En révéler davantage consisterait à éventer le suspense sur lequel s’articule ce règlement de comptes qui recycle habilement les codes du film noir. Scénariste pour Arnaud Desplechin et Jacques Audiard, Léa Mysius possède déjà une solide expertise qu’elle met ici au service d’un drame psychologique de haute tenue qui exhume les spectres d’un passé plutôt sulfureux au fil d’une variante musclée du jeu de la vérité. Dès lors, l’une des composantes essentielles du film réside évidemment dans la qualité de son casting, la réalisatrice ayant poussé la coquetterie jusqu’à rebaptiser les personnages en fonction de leurs interprètes.



Benoît Magimel



La gageure consistait pour Léa Mysius faire tenir un roman de six cents pages dans un film de deux heures qui ne soit pas surchargé de dialogues. Elle a relevé ce défi en gardant à l’esprit une référence incontournable sur ce registre : A History of Violence (2005) de David Cronenberg. La mise en scène au cordeau s’appuie sur des caractères solidement établis que la réalisatrice déplace stratégiquement comme des pions sur un échiquier, en floutant les conventions inhérentes au manichéisme. Avec en son cœur une femme rattrapée par son passé qu’incarne Hafsia Herzi avec une économie d’effets de tous les instants, face aux deux hommes campés par Benoît Magimel et Bastien Bouillon qui possèdent l’un et l’autre leurs raisons d’être. Le scénario ressemble à un oignon dont chaque peau en dissimule une autre. Il réussit à transformer la prose foisonnante de Laurent Mauvignier en une intrigue implacable qui joue avec une grande habileté de ses deux composantes principales : l’espace et la durée. Sachant que l’écrivain prône “ la rencontre entre la poétique de la fiction et le prosaïsme de la réalité ”, il n’y a dans la démarche de la cinéaste ni complaisance ni esbroufe. Elle met son expérience au service d’une dramaturgie rigoureuse qui s’appuie par ailleurs sur la topographie de ce lieu coupé de tout qui semble situé à l’écart du monde des vivants et représente en tant que tel la plus sûre des cachettes. Il convient d’aller au-delà de sa première réaction pour mesurer la cohérence de ce travail d’orfèvre élaboré pour déjouer les modes.

Jean-Philippe Guerand






Monica Bellucci et Tawba El Gharchi

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