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“Gouffres et merveilles” de Jean Boiron Lajous



Documentaire français de Jean Boiron Lajous (2026), avec Christine Dancausse, Jean Boiron Lajous… 1h19. Sortie le 2 septembre 2026.



Christine Dancausse



Comme l’autofiction est devenue peu à peu un genre littéraire à part entière, le documentaire s’insinue de plus en plus volontiers dans les tréfonds de l’intime. Au point de fabriquer ainsi des moments de fiction d’une rare intensité. Gouffres et merveilles emprunte la forme du Road Movie pour suivre le voyage du réalisateur avec une amie bien décidée à retrouver sa mère pour avoir une explication avec elle et lui demander des comptes sur le mal qu’elle lui a fait pendant toute sa vie. Christine Dancausse, Jean Boiron Lajous l’a rencontrée à l’occasion du tournage de son film Paroles de bandits (2019) sur lequel elle officiait comme ingénieure du son. Au fil de leurs conversations quotidiennes, ils ont fini par nouer une amitié élective qui a convaincu le réalisateur de consacrer un film à la relation toxique, violente et traumatisante qu’entretenait celle-ci avec sa mère violente et castratrice jusqu’à la folie. Il l’emmène lui-même à la rencontre de sa génitrice avec pour objectif suprême d’achever le film au moment où elle frappera enfin à sa porte, la suite n’appartenant qu’à elles deux. La puissance de cette démarche naît des relations des deux complices qui se retrouvent dans leurs failles narcissiques et notamment dans leur rapport particulier à leur père : celui du réalisateur s’est suicidé, celui de son amie a disparu quand elle était jeune en lui laissant une obsession devenue comme une bouteille à la mer : une lettre d’explication hypothétique qu’il aurait rédigée à son attention, mais que personne n’a jamais retrouvée… si tant est qu’il l’ait vraiment écrite. Cette missive devient dès lors le Graal de ce voyage à deux et lui confère un statut de quête existentielle voire mystique. À l’arrivée, le film réussit à montrer comment cet homme et cette femme vont être changés par leur voyage, indépendamment même de l’aboutissement aléatoire de leur croisade existentielle.





Gouffres et merveilles se présente comme une immersion vertigineuse dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine où l’humour sert volontiers à dynamiter la violence des mots qui s’échangent et des sentiments qui s’expriment. Il y a une part de masochisme troublante dans la démarche désespérée de Christine et les efforts qu’elle déploie pour se trouver confrontée à la responsable de ses malheurs et plus encore des échecs réputés qu’elle a endurés sans vraiment avoir le courage de se révolter pour y mettre un terme. Elle va en quelque sorte à la rencontre de ses démons afin de retrouver la force de vivre et surtout un apaisement salutaire pour se reconstruire. Le projet atteint toutefois ses limites dans certaines saynètes qui le ponctuent comme autant de confettis qui n’ajoutent qu’une légèreté superficielle à ce tableau de mœurs. D’un sujet profondément tragique qui suscite l’empathie par son refus du narcissisme et sa sincérité parfois déroutante, ces deux éclopés de la vie tirent un film à deux voix qui exprime des sentiments et des sensations universels sans pathos ni lamentations. Parce qu’ils ne cherchent jamais à se faire plaindre et qu’on a souvent l’impression de regarder par le trou d’une serrure avec leur approbation. Sans doute aussi parce que le film s’arrête avant de nous laisser découvrir le visage de cette femme qui a réussi par son emprise à détruire à petit feu l’existence de sa fille, en lui donnant l’impression de n’avoir droit ni au bonheur ni à la tranquillité. On émerge ainsi de cette projection avec l’impression communicative d’avoir appris à la connaître par tout ce qu’elle nous en a raconté au fil de ce périple vers l’abîme.

Jean-Philippe Guerand






Christine Dancausse

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