Film franco-belge de Félix de Givry (2026), avec Milo Machado-Graner, Jane Beever, Emmanuelle Destremau, Maïa Sandoz, Erwan Kepoa Falé, Catherine Artigala, (voix) Françoise Lebrun… 1h33. Sortie le 9 septembre 2026.
Milo Machado-Graner
Le premier film constitue toujours un enjeu particulier, dans la mesure où son auteur, encore incertain quant à son avenir, a tendance à y investir davantage que de raison, quitte à frôler le trop-plein, de peur de ne jamais plus pouvoir se libérer de tout ce qu’il a sur le cœur. Fidèle complice d’Ugo Bienvenu dont on a découvert l’an dernier le premier long métrage d’animation, Arco, Félix de Givry emprunte une voie pour le moins différente dans Adieu monde cruel. Il s’y attache à la disparition volontaire d’un adolescent, phénomène de société bien réel qui fait rarement la une de la presse, d’autant plus fascinant qu’il se poursuit avec la même intensité au temps des réseaux sociaux. Ce besoin d’effacement se justifie notamment par un phénomène répandu : le harcèlement scolaire qui incite certaines victimes à se mettre en retrait de la société pour en finir avec leur calvaire. À contre-courant des films consacrés à ce sujet de société, Adieu monde cruel dépeint une France profonde où le temps semble s’être arrêté, en l’occurrence la ville de Lisieux, en Normandie qui vit sous la protection de son imposante basilique. Après avoir disparu en laissant une lettre à ses camarades de classe, Otto Vidal attire l’attention de l’une d’entre eux dont il va faire malgré lui sa complice. Félix de Givry s’attache davantage aux conséquences de cet effacement qu’à ses causes profondes. On est ici moins dans un film de vengeance à la façon du Comte de Monte-Cristo que dans la chronique d’un lent cheminement vers les vivants.
Jane Beever
Sur le plan purement formel, Adieu monde cruel va délibérément à rebours des modes. Et même si Félix de Givry lorgne du côté de François Truffaut, il choisit pour protagoniste un jeune homme qui ne revendique rien sinon sa liberté et provoque par son geste des questionnements et des remises en question parmi ses proches. Loin de se comporter comme un adolescent révolté, il se livre à une sorte de jeu pervers en observant à distance les conséquences de son geste et surtout le processus qui va mener à l’oubli pur et simple. C’est symboliquement à l’enfant accusateur d’Anatomie d’une chute, Milo Machado-Graner, que revient la charge d’incarner ce gentil garçon qui ne commence véritablement à exister qu’en s’effaçant du paysage ambiant. Avec une coquetterie littéraire assumée qui consiste à utiliser la voix intemporelle de Françoise Lebrun pour narrer et commenter cette histoire. Félix de Givry adopte une forme délibérément classique qui gomme les signes trop ostensibles de modernité pour tutoyer une image faussement rassurante de l’éternité. Son histoire immortelle se situe en outre dans un havre provincial immuable d’où sont retranchés les principaux signes extérieurs de modernité. Il émane de ce film une douceur anachronique qui repose pour une bonne part sur le caractère de ses jeunes protagonistes qui se mettent prudemment en retrait de leur époque pour ne pas en devenir les otages. Une attitude à contre-courant de la frénésie contemporaine et de ses conséquences les plus imprévisibles.
Jean-Philippe Guerand




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