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“Undertone” d’Ian Tuason



Film canadien d’Ian Tuason (2025), avec Nina Kiri, Michèle Duquet, (voix) Adam DiMarco, Keana Lyn Bastidas, Jeff Yung, Ryan Turner, Ari Millen, Marisol d’Andrea, Austin Tuason, Seled Calderon, Bianca Nugara, Jayda Woods, Sarah Beaudin, Christina Notto… 1h34. Sortie le 12 août 2026.



Nina Kiri



Les succès récents de Backrooms et d’Obsession ont mis en évidence l’émergence d’une véritable révolution au sein du cinéma fantastique qui passe par une nouvelle génération de créateurs issus des réseaux sociaux et un retour aux fondamentaux du genre qui a davantage besoin d’imagination que d’argent pour s’exprimer avec ses propres outils. Avec son premier long métrage, le réalisateur canadien Ian Tuason marche sur les traces de son compatriote David Cronenberg en s’appuyant sur un postulat minimaliste qu’il exploite sans jamais dévier de sa cible. Dans le cadre unique d’un chalet perdu au milieu de nulle part où elle s’est rendue au chevet de sa mère malade, l’animatrice d’un podcast consacré aux phénomènes paranormaux entreprend de diffuser à l’antenne des enregistrements sonores envoyés par l’un de ses auditeurs qui trouvent un écho troublant dans la réalité et commencent à prendre l’allure d’une menace surgie de nulle part. La particularité de ce film beaucoup plus sophistiqué qu’il ne pourrait y paraître de prime abord est de s’appuyer sur une économie de moyens spectaculaire. Il se déroule dans un espace clos, met en scène deux personnages féminins dont l’agonisante et accorde une importance particulière au son, à travers des voix qui se télescopent et se superposent en instaurant une atmosphère particulièrement anxiogène. Ian Tuason soigne ses effets et réussit à instaurer un climat aussi mystérieux qu’oppressant en tirant parti de ce qu’il a appris en travaillant sur le son immersif destiné aux casques de réalité virtuelle et plus précisément une approche directionnelle en 3D.



Nina Kiri



Undertone repose sur l’existence de basses fréquences indiscernables par l’oreille humaine qui correspondraient aux efforts de créatures supposées pour essayer d’entrer en contact avec quelques personnes capables de percevoir ces sons venus d’ailleurs. Circonscrite dans un cadre étouffant, la mise en scène tire un parti spécifique de la bande son qui instaure un climat particulièrement pesant et finit par suggérer la présence d’une force extérieure à partir du dispositif bien connu du found footage qui a maintes fois été exploité par le cinéma fantastique afin d’évoquer des phénomènes paranormaux. Ian Tuason prolonge ici une démarche qu’il a développée au fil d’une série de courts métrages destinés à YouTube qui ont recueilli des millions de vues, qu’il s’agisse de Continuity Problems (2009), Extreme Close Up (2011) ou 3:am (2015). Il y a mis au point des techniques élaborées qui trouvent matière à s’exprimer à travers le sujet même de son premier long métrage précédé dans un premier temps de récits sonores à travers une fiction radiophonique nourrie de distorsions expérimentales. Seule dans l’obscurité, une jeune femme (l’étonnante Nina Kiri) joue avec ses propres peurs pour faire monter l’adrénaline de ses auditeurs, eux-mêmes pas toujours très équilibrés et toujours prompts à élucubrer les hypothèses les plus folles à partir des contenus qu’elle leur livre ainsi. Pour avoir lui-même accompagné ses parents atteints d’un cancer en phase terminale et subi leurs accès de délire, le réalisateur nourrit de ses impressions vécues cette histoire et joue sur l’inversion des rapports qui caractérise le grand âge, lorsque certains vieillards déboussolés confondent leurs propres enfants avec leurs aïeux. On peut ainsi interpréter le voyage auquel nous convie Undertone comme une parabole autour de la fin de vie dont le remède ultime serait la découverte d’une grossesse. Bienvenue dans ce cauchemar.

Jean-Philippe Guerand







Michèle Duquet et Nina Kiri

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