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“Un grand raccourci” d’Armand Foëx et Clément Devilliers



Film français d’Armand Foëx et Clément Devilliers (2026), avec Sara Montpetit, Louise Labèque, François Le Bris, Jules Porier, Olivier Rabourdin, Anja Verderosa, Sabrina Seyvecou, Igor Kovalsky, Guillaume Ercker, Éric Frey, Noémie Morel, Luana Proffit, Julie Grelet, Jennifer Gaiwe, Juliette Tomy, Marie Descottes, Zoe Feingold, Arthur Garcia Sénotier, Véronique Le Didroux… 1h21. Sortie le 12 août 2026.



François Le Bris, Sara Montpetit

Louise Labèque et Jules Porier




Tous les films ne naissent pas libres et égaux. On a longtemps espéré que l’accessibilité de certains logiciels, l’utilisation des réseaux sociaux comme chambres d’écho et l’avènement de l’intelligence artificielle allaient encourager l’avènement d’un cinéma alternatif coupé des structures traditionnelles qui trouverait son public à, l’écart des salles obscures. Il n’en a rien été ou presque de la gestation du premier long métrage d’Armand Foëx et Clément Devilliers, aboutissement d’une complicité qui a déjà donné naissance à trois courts : Fragments d’un Antoine amoureux (2021), La marquise (2023) et Nos cabanes (2023). Les deux lascars devenus inséparables depuis la classe de quatrième vont aujourd’hui au bout de leur rêve en signant une comédie alerte qui charme par sa fraîcheur et sa liberté. Au point d’avoir réussi à rallier à leur cause un troisième larron en la personne d’Hector Belgodère-Soria qui a produit son premier film en concevant et organisant une structure de financements privés auprès de mécènes et d’investisseurs. Une aventure qu’il aime joliment à décrire “ comme une ode aux rencontres qui changent la vie ”. Deux cousins bretons confrontés à la fermeture du restaurant familial se recyclent en dératiseurs, quitte à introduire eux-mêmes les rongeurs chez les clients qu’ils sollicitent. Ailleurs, un concours de beauté régional monopolise l’attention des bimbos locales en quête de notoriété. Deux garçons, deux filles et de multiples possibilités que cette comédie exploite habilement en s’accrochant à l’air du temps par des dialogues qui fusent et pétillent en permanence, loin des clichés habituels sur une jeunesse soudée à ses écrans.



Sara Montpetit et Anja Verderosa



Un grand raccourci s’inscrit dans la grande tradition de ces films qui dépeignent des jeunes gens confrontés aux difficultés de la vie et contraints de faire appel à leur imagination pour résoudre des problèmes parfois élémentaires en s’entraidant. Il dépeint joyeusement une génération qui souffre de ne pas être attendue par ses aînés et a quelque mal à trouver sa place dans ce monde impitoyable. Sur le plan formel, le film reflète l’exigence et la détermination de ses auteurs épaulés par un producteur débutant qui a déjà tout compris de ce métier. La vie de province y est dépeinte avec un mélange de tendresse et d’ironie qui montre un fragment d’humanité peu visité par le cinéma traditionnel. La réussite de ce film repose pour une bonne part sur son interprétation qui mêle de parfaits inconnus d’une grande justesse à quelques visages familiers parmi lesquels ceux de Sara Montpetit (la révélation du film québécois Vampire humaniste cherche suicidaire consentant), Louise Labèque (l’une des filles de Camille Cottin dans Toni, en famille), Anja Verderosa (découverte l’an dernier à la même époque en bimbo dans L’épreuve du feu), Olivier Rabourdin et Sabrina Seyvecou. L’humour sied à cette histoire rocambolesque qui observe avec beaucoup d’acuité ce qu’on a coutume d’appeler la France des invisibles. Un pays souterrain où un titre de Miss ressemble déjà à un passeport pour une vie meilleure. Bien plus tendre que cruel, le film s’inscrit par le caractère de ses protagonistes dans la lignée de la province décrite par Claude Chabrol dans Les cousins (1959), Nelly Kaplan dans La fiancée du pirate (1969) ou Jean-Baptiste Durand dans Chien de la casse (2023). Un véritable piège social où il est parfois plus confortable de s’engluer que de tenter de s’en extraire.

Jean-Philippe Guerand





Jules Porier et François Le Bris

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