Film français de Mohamed Hamidi (2026), avec Ilyes Djadel, Josiane Balasko, Fred Testot, Antoine Duléry, Jamel Debbouze, Max Baissette de Malglaive, Julien Santini, Meriem Serbah, Abel Jafri, Bakary Diombera, Jade Pedri, Hugues Martel… 1h32. Sortie le 12 août 2026.
Fred Testot, Josiane Balasko et Ilyes Djadel
Mohamed Hamidi a réussi à creuser son propre sillon dans le cinéma français à travers des comédies de situation pour la plupart très bien accueillies qui en disent long sur les différentes facettes du vivre-ensemble mis si volontiers en avant par notre société comme un remède à tous les problèmes. Cofondateur du Bondy Blog et directeur du Marrakech du rire, c’est dans le cadre de cette manifestation que le réalisateur a rencontré en 2022 Ilyes Djadel dont le sketch autobiographique “Le lycée catholique” lui a inspiré son sixième film. Il y relate le destin singulier d’un garçon de la banlieue de Roubaix recalé à deux reprises au baccalauréat qui se retrouve exclu de son lycée à la suite d’un incendie qu’on l’accuse d’avoir déclenché pendant une épreuve de bac blanc. Exfiltré malgré lui de son quartier, il se retrouve parachuté dans un établissement catholique de Bourgogne peuplé de gosses de riches avec lesquels il n’a a priori pas grand-chose de commun, même si la hiérarchie se charge d’unir les élèves par ses abus de pouvoir. Cette immersion à haut risque va devenir dès lors une véritable épreuve existentielle, à peu près tout séparant la nouvelle recrue de ses condisciples dont l’uniforme masque mal qu’ils appartiennent aux milieux les plus favorisés de la région, là où l’intrus n’a pas vraiment sa place. À son habitude, le réalisateur de La vache adopte le parti d’en rire pour signer une comédie de mœurs qui en dit long sur les errements de notre société parfois incapable de vivre avec son époque, sans pour autant évoquer les sujets de nature à fâcher vraiment dont les abus sexuels perpétrés dans certains établissements scolaires religieux et révélés dans le cadre de l’affaire Bétharram. Mais il est vrai qu’il serait assez hasardeux de prétendre tirer une comédie de ces turpitudes glauques.
Tombé du ciel remplit très exactement son cahier des charges qui consiste à confronter deux mondes qui n’auraient jamais dû se rencontrer : celui d’un gentil garçon dont on pressent qu’il aurait tout aussi bien pu réussir dans la vie sans passer le bac et un établissement scolaire à l’ancienne où les élites se débarrassent de leurs enfants en laissant à des autorités religieuses faussement rassurantes le soin de les soumettre à l’ordre, à la discipline voire à la foi. C’est compter sans la solidarité des élèves face aux abus des maîtres de céans. Le film renoue dans ce front contre l’autorité abusive avec une tradition qui va de Zéro de conduite (1933) de Jean Vigo aux Sous-doués passent le bac (1980) de Claude Zidi en passant par Les disparus de Saint-Agil (1938) de Christian-Jaque, sans autre prétention que de distraire à partir d’une expérience largement partagée. Au-delà du tableau de ce monde anachronique dans lequel les jeunes apprennent à… devenir vieux, Mohamed Hamidi et Ilyes Djadel croquent une société à deux vitesses régentée par des autorités ecclésiastiques outrepassant allègrement les pouvoirs déjà démesurés qui leur sont conférés en la personne de ses représentants campés avec une jubilation communicative par Josiane Balasko et Fred Testot, elle en bonne sœur faussement bonhomme, lui en curé de choc au grand méchant look. C’est d’ailleurs en accentuant ce manichéisme entre les gentils élèves et le méchant personnel qui les fait marcher à la trique que le film s’avère de nature à séduire son cœur de cible : le jeune public. Seule la date de sortie a peut-être été mal choisie.
Jean-Philippe Guerand




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