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“Soudain” de Ryūsuke Hamaguchi



All of a Sudden Film franco-japono-germano-belge de Ryūsuke Hamaguchi (2026), avec Virginie Efira, Tao Okamoto, Kyôzô Nagatsuka, Kodai Kurosaki, Gabriel Dahmani, Jean-Louis Garçon, Héloïse Janjaud, Heidi Becker-Babel, Marie Bunel, Jean-Charles Clichet, Jérôme Chappatte, Rose Bourdon, Lazare Gousseau, Prescilia Follin, Évelyne Istria, Radostina Rogliano… 3h15. Sortie le 12 août 2026.



Virginie Efira, Gabriel Dahmani et Évelyne Istria



La bienveillance est plus que jamais la pierre angulaire du cinéma de Ryūsuke Hamaguchi. Un réalisateur pétri d’humanisme qui utilise le septième art pour véhiculer des idées et des sentiments qui lui tiennent à cœur. Non avec l’idée folle de vouloir changer le monde, mais plutôt pour lui donner à réfléchir sur les possibilités de le rendre meilleur qu’il n’est. C’est ainsi qu’il a trouvé l’inspiration de son nouveau film dans la correspondance de Makiko Miyano et Maho Isono publiée sous le titre “Quand la vie prend un tournant inattendu” (Éditions Shobunsha, 2019). L’histoire d’une directrice d’Ehpad qui veille à entourer ses résidents d’un maximum de soins et d’attentions, jusqu’au moment où elle croise le chemin de deux Japonais : un acteur vénérable et une metteuse en scène atteinte d’un cancer du sein métastasique qui a conscience que ses jours sont comptés. Dans un geste de communion ultime, elles vont se consacrer à rendre la vie plus douce à ces personnes âgées souvent isolées, à l’aide de méthodes qui stimulent leurs sens en les forçant à aller vers les autres. Le résultat est une invitation à la sagesse qui rend confiance en la nature humaine sous le signe du respect, de la dignité et d’une bonne dose d’excentricité. Malgré la gravité de son sujet, Soudain n’est en aucun cas un film solennel ou douloureux. C’est même à peu près tout le contraire : une formidable leçon de vie qui s’appuie sur une amitié fusionnelle. Le film vibre au diapason de leur complicité autour de l’humanitude, une philosophie en plein essor qui interroge notamment les relations avec les personnes en situation de vulnérabilité.



Kyôzô Nagatsuka et Tao Okamoto



Le talent universel de Ryūsuke Hamaguchi s’exprime à sa façon de s’acclimater à la société française contemporaine, tout en établissant des correspondances avec la tradition japonaise du théâtre kabuki/no. Ses personnages tombent sous le sens et semblent guidés par un altruisme salutaire, au même titre que la communauté montagnarde dépeinte dans Le mal n’existe pas (2023) -dont le titre résonne à bien des égards comme une profession de foi idéaliste- ou que la plupart des protagonistes de Contes du hasard et autres fantaisies (2021). Le réalisateur a écrit son scénario à quatre mains en s’en remettant à son interprète française, Léa Le Dima, laquelle a veillé à la justesse du moindre moment, en accordant un soin particulier aux dialogues particulièrement denses qui servent à établir une passerelle robuste entre les deux cultures. Non seulement Hamaguchi reste lui-même malgré la barrière d’une langue qui lui reste étrangère, mais il affirme avoir dirigé ses interprètes français, parfois non professionnels, à l’instinct. C’est donc pour lui une suprême consécration que le jury du Festival de Cannes ait jugé bon de décerner un double prix d’interprétation féminine à Virginie Efira et Tao Okamoto. Une nouvelle preuve que le cinéma est bel et bien une langue en soi, bien que ses deux interprètes principales aient dû apprendre les rudiments de celle qu’elles ne pratiquaient pas pour trouver cette harmonie miraculeuse qui crève aujourd’hui l’écran.

Jean-Philippe Guerand







Tao Okamoto, Kyôzô Nagatsuka

Kodai Kurosaki et Virginie Efira

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