Accéder au contenu principal

“New Group” de Yūta Shimotsu



Film japonais de Yūta Shimotsu (2025), avec Arisa Sasaki, Anna Yamada, Yuzu Aoki, Pierre Taki… 1h22. Sortie le 26 août 2026.



Arisa Sasaki et Anna Yamada



De plus en plus présent sur les écrans, le cinéma japonais recèle parfois d’authentiques bizarreries. C’est le cas de New Group qui prend pour cadre un établissement scolaire aux allures d’académie militaire dont les élèves manifestent des comportements sectaires que symbolisent les pyramides humaines aux faux airs de sapin de Noël qu’ils forment spontanément, comme mus par une puissance d’origine inconnue. Deux dissidents deviennent la cible privilégiée de leurs camarades, mais aussi de l’administration du lycée. Sous la satire d’un système scolaire assimilé à une véritable machine à endoctriner, affleure une comédie au vitriol dont la portée politique revêt une violence qui n’est pas sans évoquer ce classique du cinéma nippon qu’est Battle Royale (2000) de Kinji Fukasaku par sa description d’un groupe d’élèves disciplinés et corvéables à merci, en proie à une dangereuse entreprise de manipulation mentale qui les transforme en bons petits soldats prêts à tout. Yūta Shimotsu ne cherche jamais vraiment à expliquer ni même à justifier l’aspect cabalistique de son film. Il se concentre sur la façon dont de simples étudiants se transforment en une véritable machine de guerre au service d’une idéologie totalitaire qui se révèle incompatible avec le libre-arbitre. La mécanique implacable qu’il décrit n’est ni plus ni moins que la logique du fascisme qui fond l’individu dans un collectif déshumanisé et élimine les dissidents pour les empêcher de former à leur tour une armée antagoniste.



Anna Yamada



Ces jeunes gens en uniforme que met en scène le film ont de quoi effrayer par leur docilité et leur aveuglement. Ils incarnent ces foules hurlantes sur lesquelles se sont édifiées les pires dictatures et parmi elles les fameux kamikazes japonais prêts à mourir comme ultime geste sacrificiel. New Group décrit un processus qui mène au pire. Ses protagonistes inoffensifs individuellement deviennent redoutables quand ils s’unissent, quitte à sacrifier pour cela leur personnalité. La parabole est implacable. La principale référence du film est à chercher du côté du mangaka Junji Itō, référence ultime dans le domaine de l’horreur, lauréat d’un Fauve d’honneur au festival d’Angoulême 2023. Derrière ces esclaves zélés qui exécutent des mouvements de gymnastique et des contorsions spectaculaires pour constituer une pyramide humaine qui symbolise l’unité de ce New Group de choc, se cachent des desseins obscurs mais vraisemblablement animés de mauvaises intentions dont l’exécution passe par l’élimination systématique des intrus, en l’occurrence des rares esprits libres qui osent penser différemment et manifester leur désaccord. Or, c’est la définition exacte de la pensée unique qui caractérise toute dictature totalitaire. Ce film réalisé avec des moyens modestes et beaucoup d’ingéniosité va ainsi plus loin qu’il ne pourrait y paraître. Il résonne comme un cri d’alerte quant à la menace enfouie sous la prospérité de nos démocraties et s’incarne à travers une jeunesse façonnée par les réseaux sociaux, les influenceurs et autres youtubeurs qui semble avoir ainsi renoncé à penser par elle-même pour se forger ses propres idées et préfère se conformer à celles qu’on lui inocule à la manière d’un poison lent.

Jean-Philippe Guerand





Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradis des rêves brisés

La confession qui suit est bouleversante… © A Medvedkine Elle est le fait d’une jeune fille de 22 ans, Anna Bosc-Molinaro, qui a travaillé pendant cinq années à différents postes d’accueil à la Cinémathèque Française dont elle était par ailleurs une abonnée assidue. Au-delà de ce lieu mythique de la cinéphilie qui confie certaines tâches à une entreprise de sous-traitance aux méthodes pour le moins discutables, CityOne (http://www.cityone.fr/) -dont une responsable non identifiée s’auto-qualifie fièrement de “petit Mussolini”-, sans nécessairement connaître les dessous répugnants de ses “contrats ponctuels”, cette étudiante éprise de cinéma et idéaliste s’est retrouvée au cœur d’un mauvais film des frères Dardenne, victime de l'horreur économique dans toute sa monstruosité : harcèlement, contrats précaires, horaires variables, intimidation, etc. Ce n’est pas un hasard si sa vidéo est signée Medvedkine, clin d’œil pertinent aux fameux groupes qui signèrent dans la mouva...

Berlinale Jour 2 - Mardi 2 mars 2021

Mr Bachmann and His Class (Herr Bachmann und seine Klasse) de Maria Speth (Compétition) Documentaire. 3h37 Dieter Bachmann est enseignant à l’école polyvalente Georg-Büchner de Stadtallendorf, dans le Nord de la province de Hesse. Au premier abord, il ressemble à un rocker sur le retour et mêle d’ailleurs à ses cours la pratique des instruments de musique qui l’entourent. Ses élèves sont pour l’essentiel des enfants de la classe moyenne en majorité issus de l’immigration. Une particularité qu’il prend constamment en compte pour les aider à s’intégrer dans cette Allemagne devenue une tour de Babel, sans perdre pour autant de vue leurs racines. La pédagogie exceptionnelle de ce professeur repose sur son absence totale de préjugés et sa foi en une jeunesse dont il apprécie et célèbre la diversité. Le documentaire fleuve que lui a consacré la réalisatrice allemande Maria Speth se déroule le temps d’une année scolaire au cours de laquelle le prof et ses élèves vont apprendre à se connaître...

Bud Spencer (1929-2016) : Le colosse à la barbe fleurie

Bud Spencer © DR     De Dieu pardonne… Moi pas ! (1967) à Petit papa baston (1994), Bud Spencer a tenu auprès de Terence Hill le rôle de complice qu’Oliver Hardy jouait aux côtés de Stan Laurel. À 75 ans et après plus de cent films, l’ex-champion de natation Carlo Pedersoli, colosse bedonnant et affable, était la surprenante révélation d’ En chantant derrière les paravents  (2003) d’Ermanno Olmi, Palme d’or à Cannes pour L’arbre aux sabots . Une expérience faste pour un tournant inattendu au sein d’une carrière jusqu’alors tournée massivement vers la comédie et l’action d’où émergent des films comme On l’appelle Trinita (1970), Deux super-flics (1977), Pair et impair (1978), Salut l’ami, adieu le trésor (1981) et les aventures télévisées d’ Extralarge (1991-1993). Entrevue avec un phénomène du box-office.   Rencontre « Ermanno Olmi a insisté pour que je garde mon pseudonyme, car il évoque pour lui la puissance, la lutte et la viol...