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“Memory of Princess Mumbi” de Damien Hauser



Film helvéto-kényan de Damien Hauser (2025), avec Shandra Apondi, Ibrahim Joseph, Samson Waithaka, Michael Garama, Damien Hauser… 1h19. Sortie le 26 août 2026.



Ibrahim Joseph



Il arrive parfois qu’un film surgisse de nulle part et s’avère porteur de promesses inattendues. Tel est le cas du quatrième long métrage de Damien Hauser qui succède dans la carrière plutôt méconnue de ce cinéaste suisse à Blind Love (2021), la romance impossible d’une sourde et d’un aveugle, Theo : Eine Konversation Mit der Ehrlichkeit (2022), une réflexion sur le consentement, et After the Long Rains (2024), sa première incursion sur le continent africain. Memory of Princess Mumbi est un film de science-fiction aussi audacieux que délibérément étrange dont le réalisateur est également producteur, scénariste, chef opérateur, décorateur, monteur, compositeur, responsable des effets spéciaux et même acteur. Une façon pour lui de revenir aux origines mêmes du cinéma en maîtrisant ses moindres facettes dans des directions parfois inattendues. Il y raconte l’histoire futuriste d’une femme qui rêve de cinéma et embarque dans son aventure deux amis dont l’un est amoureux d’elle. Le film se situe à la fin du XXIe siècle et justifie l’usage systématique de l’intelligence artificielle, notamment pour certaines scènes musicales spectaculaires. C’est l’un de ces objets cinématographiques comme on en croise parfois qui distillent tant de promesses qu’ils laissent espérer que leur auteur persévère dans cette voie et parvienne à bousculer les conventions et à transgresser toutes les normes en vigueur.



Shandra Apondi



En 2093, un réalisateur parti tourner un documentaire sur la guerre mondiale des années 2070, qui a eu raison des technologies de pointe tout en permettant d’exhumer d’anciens royaumes disparus, se trouve lui-même renvoyé aux fondamentaux d’un septième art qui ne demande qu’à être réinventé. Un sujet évidemment chargé de symboles, dans la mesure où ce film d’anticipation dépourvu de repères identifiables propose avant tout une réflexion sur l’essence même du cinématographe et le bon usage de ses outils les plus primitifs. Damien Hauser se revendique comme un héritier de Georges Méliès par sa pratique de l’illusion et sa poésie visuelle. Son film est une invitation au voyage qui manifeste une imagination débridée et se donne les moyens de ses ambitions en usant du système D en lieu et place de moyens pharaoniques. Ce résultant fascinant est le fruit d’un travail artisanal de deux années exécuté à l’aide de technologies de pointe appliquées à bon escient et de recours ponctuels à l’IA destinés à donner davantage d’ampleur et de perspective aux décors améliorés en postproduction au moyen de techniques comme l’upscaling, le compositing et le rotoscoping. Memory of Princess Mumbi célèbre une sorte de beauté irréelle en faisant appel à des artifices choisis avec discernement en évitant la tentation du tape-à-l’œil. À l’instar de la beauté de la femme fatale qui en est l’héroïne et dont le cinéaste a choisi de confier le rôle à la seule comédienne professionnelle de sa distribution, Shandra Apondi, comme pour lui conférer un statut de divinité charismatique. À l’arrivée, le film invente un futur tourné vers le passé qui célèbre les racines africaines comme si la colonisation n’était pas passée par là entre-temps.

Jean-Philippe Guerand







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