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“Face à la mer” d’Helen Walsh



On the Sea Film britannique d’Helen Walsh (2025), avec Barry Ward, Lorne MacFayden, Liz White, Henry Lawfull, Celyn Jones, Danny Webb, Callum Hymers, Kieran Roberts, Sheldon Jones, Tristan Jones… 1h56. Sortie le 26 août 2026.



Barry Ward



Dans un petit port irlandais où le temps semble avoir suspendu son vol, le patron d’une coopérative de pêche aux coquillages, Jack, voit son fils Tom, en quête d’intégration à travers un premier travail, subir l’influence d’une bande de voyous qui multiplient les incivilités et ne tardent pas à tomber sous la coupe des affairistes dénués d’états d’âme qui cherchent à mettre la communauté à genoux. Le deuxième film d’Helen Walsh, après The Violators présenté à Dinard en 2015, a pour personnage principal un homme fragile au tournant de la vie, un patron qui a du mal à joindre les deux bouts et se trouve confronté à des problèmes professionnels, soutenu par une épouse fidèle, Maggie, couturière à domicile qui sert volontiers d’entremetteuse entre ce quadragénaire passablement démissionnaire dans son rôle de père et leur fils, au sein d’une communauté irlandaise écrasée par la tradition et bridée par les interdits de la religion catholique où chacun est susceptible d’être trahi par ses plus proches. Au point que quand elle découvre que leur fils a fait l’amour avec sa petite amie dans leur lit conjugal, la mère s’étonne que l’adolescent n’ait pas attendu d’être marié pour copuler, comme ses parents l’ont fait naguère, eux qui se sont connus au lycée à l’âge de 16 ans. Quant à l’homosexualité, elle se vit clandestinement ou comme une pulsion réfrénée. Le film est imprégné de ces interdits et de ces non-dits, notamment à travers le manque de respect des plus jeunes à l’égard des anciens dont ils refusent de suivre des traces qui ne mènent qu’à un échec annoncé. Cet antagonisme va bien au-delà du conflit des générations. C’est un refus collectif contre un mode de vie d’un autre âge qui repose sur des interdits surannés. Les téléphones portables, les réseaux sociaux et même les ordinateurs sont d’ailleurs absents de ce microcosme en sursis.



Barry Ward et Lorne MacFayden



Face à la mer esquisse le portrait d’un monde en voie de disparition qui se trouve écartelé entre des normes européennes qui nuisent à son profit (Jack mesure la taille des coquilles saint-jacques tout juste pêchées) et les aspirations d’une nouvelle génération qui est consciente de subsister dans un univers d’un autre âge. Helen Walsh intègre ces multiples problématiques à un récit circonscrit dans quelques décors (le pub, l’église, le bateau) qui retiennent prisonniers malgré eux ces survivants d’un autre monde. Ce regard féminin sur une communauté majoritairement composée d’hommes est d’autant plus intéressant qu’il s’insinue dans des recoins secrets, à l’instar de cette scène où Jack se masturbe au contact d’une robe de sa femme plutôt que de lui faire l’amour qui en dit long sur sa détresse sexuelle et des désirs refoulés qui le rongent. La notion de virilité se trouve d’ailleurs au cœur de la problématique de ce film jamais réducteur ni manichéen qui finit par investir une sorte de monde alternatif dans lequel les protagonistes assument des comportements que la morale catholique réprouve et où les jeunes font fumer des joints “thérapeutiques” à leurs aînés pour soulager leurs douleurs, tandis que les mâles s’aiment en secret pour assouvir des pulsions prohibées. Ce qui commence comme une étude de mœurs se transforme petit à petit en une chronique sentimentale au masculin et cette composante queer évoque l’œuvre du réalisateur anglais Francis Lee et notamment le film qui l’a révélé, Seule la terre (2017). Face à la mer s’impose comme un constat moins tendre que cruel qui s’échappe en permanence des sentiers battus pour imposer sa petite musique lancinante.

Jean-Philippe Guerand






Lorne MacFayden et Barry Ward

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