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“Dégel” de Manuela Martelli



El deshielo Film chilo-américano-hispano-mexicain de Manuela Martelli (2024), avec Maya O’Rourke, Saskia Rosendahl, Maia Rae Domagala, Jakub Gierszal, Paulina Urrutia, Mauricio Pešutić, Lautaro Cantillana, Paula Zúñiga, Roberto Farias, Daniela Pino, Luis Uribe, Marcela Salinas… 1h48. Sortie le 26 août 2026.



Maya O’Rourke et Saskia Rosendahl



Au sortir de seize ans de dictature, le Chili de 1992 est une démocratie convalescente qui se manifeste à l’exposition universelle de Séville en exposant un iceberg venu de l’Antarctique qui symbolise le dégel du pays, alors même que la manifestation est placée sous le signe du cinq-centième anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. C’est à cette époque précise que se déroule le deuxième long métrage de Manuela Martelli, comédienne déjà remarquée pour sa précédente réalisation, Chili 1976 (2022). Une chronique d’apprentissage vue à travers les yeux d’une fillette de 9 ans qui séjourne dans l’hôtel que tiennent ses grands-parents dans une station de sports d’hiver où elle sympathise avec une skieuse allemande venue s’entraîner. Le jour où sa nouvelle amie vient à disparaître, elle est assaillie de questions qui restent sans réponses, tandis que les adultes autour d’elle manifestent une certaine gêne et que les autorités locales semblent traiter cette affaire avec une indifférence suspecte. Dégel confronte ainsi frontalement deux pays qui émergent d’un long tunnel : le Chili débarrassé de la dictature de Pinochet et l’Allemagne réunifiée qui fait dire à la petite fille de cette grande sœur choisie qu’elle est originaire d’un pays qui n’existe plus en tant que tel. Avec en toile de fond la misogynie d’une société patriarcale où la voix des femmes n’est ni considérée, ni même simplement écoutée.



Saskia Rosendahl et Maya O’Rourke



Présenté dans la section cannoise Un certain Regard, Dégel est une étude de mœurs subtile que la réalisatrice a nourri de ses propres souvenirs d’enfance. Inconditionnelle de L’esprit de la ruche (1973) de Victor Erice, Cria Cuervos (1976) de Carlos Saura et Au revoir les enfants (1987) de Louis Malle, Manuela Martelli trouve une interprète impressionnante en la personne de la jeune Maya O’Rourke qui réussit à exprimer avec une grande intensité les tourments de l’enfance face aux non-dits des adultes. Le titre du film lui-même reflète toute sa complexité, tout en renvoyant à cette glaciation qui recouvre tout, jusqu’au moment fatidique du dégel qui correspond aussi au réveil de la nature et parfois à l’exhumation de secrets enfouis mais le plus souvent intacts. Avec tout ce que cela pouvait impliquer sous la dictature chilienne que de faire disparaître les indésirables sans fournir la moindre explication à leurs proches privés ainsi d’un travail de deuil. La réalisatrice donne délibérément à son film une tonalité fantastique à travers l’imagination fertile de cette gamine qui peine à croire la parole des adultes, alors même que le Chili est en proie à une véritable loi du silence qui empêche tout à fait légalement d’enquêter sur les crimes perpétrés par l’ancien régime. Le film se situe au cœur de cette problématique, tout en se plaçant d’un point de vue résolument humain. Il confirme la finesse psychologique d’une cinéaste qui cherche à travers le passé à éclairer notre présent pour mieux affronter l’avenir. Dégel est une merveille de pudeur, de fraîcheur et de délicatesse.

Jean-Philippe Guerand




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