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“Chicas tristes” de Fernanda Tovar



Film mexicano-hispano-français de Fernanda Tovar (2026), avec Darana Álvarez, Rocio Guzmán, Luisa Amalguer, Daniel Aranzubia, Andrea Camacho, Mónica Del Carmen, Tomás Garcia Agráz, Héctor Kuri Hernández, Luco Lemus, Oscar Lever, Tatsumi Milori, Raúl Villegas… 1h30. Sortie le 12 août 2026.



Darana Álvarez et Rocio Guzmán


Membre d’une équipe scolaire de natation qui s’entraîne régulièrement, Paula dite Pau est aussi réservée que sa meilleure amie Maestra se révèle expérimentée en matière de sentiments et de relations sexuelles. Jusqu’au soir où, au cours d’une soirée, cette dernière joue les entremetteuses pour sa copine plus réservée auprès du plus beau gosse de leur classe, Daniel, avec qui elle perd sa virginité dans des conditions plutôt scabreuses qu’elle commence par taire à son amie, fissurant ainsi leur confiance réciproque. Les adolescentes retrouvent leur professeur de danse trans sur la plage, puis pour une répétition sur un trottoir. Plus tard, au cours d’un entraînement à la piscine, Pau s’interrompt en prétextant une crampe, ce qui conduit son entraîneuse, Valeria, à la menacer de ne pas l’aligner dans l’équipe sélectionnée pour les Jeux panaméricains junior au Brésil. De ce sujet minimaliste qui traite des désarrois de la puberté du point de vue des filles, Fernanda Tovar tire une étude de mœurs volontiers cruelle qui souligne la pérennité de certains comportements toxiques au sein des sociétés latines patriarcales où #MeToo n’est pas encore parvenu à faire évoluer les mentalités, les préjugés et surtout certains comportements hérités de la domination machiste. D’un coup, la comédie insouciante pour teenagers bascule dans une dimension psychologique qui fait des garçons des prédateurs malgré eux et des filles des proies plus ou moins faciles conditionnées à se soumettre à un certain ordre viriliste. Le film possède à cet égard une véritable vertu thérapeutique de nature à montrer la limite entre le consentement et la soumission dans une société normalement constituée sur le plan des rapports humains.



Darana Álvarez et Rocio Guzmán



Au-delà de l’histoire qu’il raconte dont il y a peu à parier qu’elle n’est pas pour une bonne part autobiographique, le film met en évidence à la fois les mécanismes qui conduisent à ces comportements banalisés et le contexte qui les favorise. Le film traite d’une thématique brûlante : le harcèlement sexuel et le consentement. Il en décrypte méthodiquement le processus et s’attache à ses conséquences les plus intimes, en l’occurrence le désarroi de la victime que le traumatisme subi empêche d’accéder au rêve pour lequel elle s’est réparée. Membre quant à elle du collectif Colmena qui lutte notamment contre les violences faites aux femmes dans un Mexique où rien ne va vraiment de soi, la réalisatrice Fernanda Tovar se met littéralement dans la peau de cette victime ordinaire que son entourage arrive à faire culpabiliser d’avoir été violée par un garçon dépourvu de respect, sous prétexte qu’elle se plaint d’un mauvais traitement banalisé jusqu’à la normalisation qui l’a conduit faire l’amour sans mettre de préservatif. Ours de cristal de la section Génération décerné par un jury d’adolescents lors de la dernière Berlinale, Chicas tristes (littéralement Filles tristes) propose une vision très juste de cet âge dit ingrat et de ses questionnements spécifiques par rapport à la domination anachronique du patriarcat, à travers une chronique codifiée qui recycle les conventions du Teen Movie pour aborder des sujets essentiels. Avec en filigrane la symbolique récurrente du tarot et ces formes d’animaux que les filles s’amusent à dessiner avec leurs doigts dans une sorte de communion qui reflète leur complicité. Face à l’agression, l’une réagit en amoureuse, sa copine en féministe, ce qui contribuera à briser leur amitié.

Jean-Philippe Guerand






Darana Álvarez et Rocio Guzmán

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