Moana Film américain de Thomas Kail (2026), avec Catherine Laga’aia, Dwayne Johnson, Frankie Adams, Rena Owen, John Tui, Jemaine Clement… 1h55. Sortie le 8 juillet 2026.
Catherine Laga’aia
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… Disney a su s’approprier cette fameuse antienne d'Antoine Lavoisier pour décliner à l’infini ses succès dans tous les formats, tous les supports et aujourd’hui en effectuant des allers-retours incessants entre animation et films en prises de vues (plus ou moins) réelles. Quitte à transformer son œuvre la plus emblématique, Blanche-Neige et les sept nains (1937), en l’une de ses pires déconvenues au box-office, Blanche-Neige (2025), sous le prétexte fallacieux de se soumettre aux desideratas du politiquement correct, tout en intégrant le wokisme, le féminisme et autres causes sensibles afin d’éviter de s’aliéner une frange du public. En l’occurrence, Vaiana soutient la cause des peuples premiers, plus précisément dans les atolls polynésiens environnés de vagues monumentales. Mais, une fois n’est pas coutume, les deux films d’animation s’avéraient en fait nettement moins convaincants que cette version en live action engendrée à peine dix ans après l’opus originel, qui exploite les moindres ressources de son sujet, en mobilisant des talents éprouvés et en accordant un soin particulier à l’aspect musical de l’entreprise à travers des variations des chansons originales mitonnées par l’excellent Lin-Manuel Miranda, déjà cité à l’Oscar pour les tubes populaires de Vaiana, la légende du bout du monde en 2017 et d’Encanto : La fantastique famille Madrigal en 2022. C’est dire combien il connaît la musique.
Catherine Laga’aia
Fille du chef Tui auquel elle doit succéder, la jeune Vaiana a été élevée dans l’idée de ne jamais tenter de s’aventurer au-delà du récif qui entoure son île de Motunui, tout en la préservant mais aussi en l’isolant du reste du monde. C’est pourtant en transgressant cette interdiction et en accomplissant un parcours initiatique à haut risque que la donzelle va conjurer une malédiction séculaire et ouvrir son peuple vers le monde en lui assurant une nouvelle prospérité. Avec pour cela le soutien de deux fidèles animaux de compagnie exotiques, un cochon et un coq, sous la protection d’un bon gros géant, le demi-dieu facétieux Maui dont les tatouages ont la particularité de s’animer pour perpétuer des légendes ancestrales. L’occasion pour le film de transformer le torse musclé de Dwayne Johnson (qui ne boude vraiment pas son plaisir et nous l’offre en partage) en un improbable jeu de l’oie océanien, à mi-chemin entre les peintures rupestres de la grotte de Lascaux et les hiéroglyphes des pyramides égyptiennes. Paradoxalement, ce conte initiatique s’accommode d’autant mieux de la live action que de l’animation que le film rehausse la beauté de ses décors naturels d’effets spéciaux spectaculaires et y introduit ce coq créé intégralement en images de synthèse. Ce reboot de Vaiana, la légende du bout du monde coche enfin toutes les cases sur les plans de l’écologie et des arts premiers, en passant par le féminisme qui s’incarne et se perpétue à travers pas moins de trois générations de battantes. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.
Jean-Philippe Guerand




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