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“The Ugly” de Yeon Sang-ho



Eolgul Film sud-coréen de Yeon Sang-ho (2025), avec Jeong Min Park, Kwon Hae-hyo, Shin Hyon Bin, Nam Ji-hyeon, Im Sung-jae… 1h42. Sortie le 29 juillet 2026.



Park Jung-min



Un film peut parfois en cacher un autre. Certes, le cinéma coréen nous a habitué à sa diversité parfois déconcertante, parfois écartelé entre des superproductions qui n’ont pas grand-chose à envier à leurs modèles hollywoodiens et des auteurs capables de faire la courte échelle au grand public. Parmi ceux-ci, Yeon Sang-ho fait à lui seul figure de cas à part, ne serait-ce que par son itinéraire artistique. Diplômé de peinture occidentale, il débute par l’animation avant de devenir mondialement célèbre grâce au film catastrophe Dernier train pour Busan (2016), sa suite Peninsula (2020) et Colony sorti il y a tout juste deux mois. C’est entre-temps qu’il a signé The Ugly sur un registre quelque peu différent, celui du drame psychologique, en s’inspirant de son propre roman graphique, “Face” (Semicolon, 2018). Le fils d’un artisan aveugle et respecté découvre les ossements de sa mère disparue quatre décennies plus tôt. Les soupçons se portent tout naturellement vers son veuf, mais la vérité n’est pas si simple. Au-delà de l’enquête proprement dite, qui met en évidence l’importance du handicap dont souffrait la défunte, une laideur qui l’a poursuivie comme une véritable malédiction pendant toute sa vie, le film se présente comme une étonnante immersion au plus profond d’un calvaire où c’est la société tout entière qui est remise en question pour son pouvoir de nuisance et d’oppression à l’égard des individus les plus mal armés pour lui résister.



Park Jung-min, à droite



Ce thriller psychologique d’une rare élégance met en avant la finesse de l’intime en s’appuyant sur des interprètes remarquables qui évitent systématiquement la tentation de l’emphase. L’une des plus brillantes idées du film consiste à faire jouer deux rôles en miroir à l’un des interprètes fétiches du cinéaste, Park Jung-min : celui de l’artisan jeune et celui de son propre fils, les deux époques finissant par se répondre et se nourrir. À partir d’une thématique audacieuse mais assez subjective, la laideur, The Ugly propose une réflexion fascinante sur ce qui constitue l’essence du cinéma : le regard. Il s’attache aux conséquences sociales et relationnelles qui découlent de cette situation et, en contrepoint, au poids des préjugés. On peut y lire a contrario une mise en perspective passionnante de ce paraître qui constitue la raison d’être du cinéma à travers le star-système. Dès lors, l’habillage policier n’est que la tête de gondole d’un film qui explore le poids des apparences et finit par aborder des questionnements rien moins qu’universels, en confrontant la solitude d’une personne qui se perçoit comme “différente”, face au regard des autres et au manque de bienveillance d’une société toujours prompte à éliminer les boucs émissaires et les brebis galeuses pour ne pas avoir à les supporter. Telle est la morale de cette histoire qui assume sa capacité à provoquer le malaise pour mieux interroger nos consciences et notre capacité à justifier cette humanité qui nous désigne toutes et tous mais ne nous rend pas pour autant égales ni égaux à ses yeux.

Jean-Philippe Guerand






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