Den Sidste Viking Film dano-suédois d’Anders Thomas Jensen (2025), avec Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas, Lars Brygmann, Sofie Gråbøl, Bodil Jorgensen, Søren Malling, Nicolas Bro, Kardo Razzazi, Anette Stovelbaek, Lars Ranthe, Rikke Louise Andersson, Torben Svendsen… 1h56. Sortie le 15 juillet 2026.
Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas
Certains films s’avèrent délibérément inclassables. Soit par leur sujet, soit par leur style. Révélé naguère par Les bouchers verts (2003), Adam’s Apples (2005) et Riders of Justice (2020), le réalisateur danois Anders Thomas Jensen est un adepte du contre-temps et des ruptures de ton dont trois courts métrages ont été nominés à l’Oscar qu’a finalement obtenu Valgaften en 1999. Dans son nouvel opus, il part d’un postulat plutôt convenu : un repris de justice revient chez sa sœur aînée et son frère, handicapé mental aux tendances suicidaires imprévisibles, avec la ferme intention de récupérer le magot qu’il a pris soin d’enterrer avant son arrestation pour le soustraire à ses complices. Mais lorsqu’il débarque, il se trouve confronté à une véritable cour des miracles en proie à un délire collectif où la raison du plus fou n’est pas toujours la meilleure. À l’instar de ce médecin hospitalier à la santé psychique fragile qui ambitionne de reconstituer… les Beatles, en recrutant à cet effet un schizophrène qui s’identifie à la fois à George Harrison et à Paul MacCartney, un muet qui croit être Ringo Starr et le petit frère simplet qui se prend simultanément pour John Lennon et… le dernier des Vikings, suite à un trouble dissociatif de l’identité. Mais le leader de ces Fab Four saugrenus a une fâcheuse tendance à confondre parfois son groupe avec… Abba, ce qui ne facilite pas toujours les choses dans l’esprit des fans déboussolés. Les rebondissements s’enchaînent avec rythme et imagination sur un scénario délirant qui n’a que faire du cartésianisme et des bonnes manières. Cette chasse au trésor sous le signe de l’excentricité emprunte d’innombrables chemins de traverse qui finissent miraculeusement par se rejoindre, au détriment de toutes les lois de la géométrie.
Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas
The Last Viking est une comédie loufoque et iconoclaste qui ose à peu près tout et ne craint jamais d’étonner ou de désarçonner. Elle doit beaucoup à la composition délirante d’un Mads Mikkelsen méconnaissable en doux dingue toujours prêt à en finir, y compris pour résoudre les situations les plus inextricables en donnant de sa personne. L’une de ses caractéristiques réside dans son usage immodéré du contre-temps et des ruptures de ton induites par la personnalité de ses protagonistes, tous plus ou moins fêlés, à l’instar de ce mythomane traumatisé à vie par le licenciement de son père, directeur du seul magasin Ikea au monde condamné à fermer définitivement. Le secret de ce film foutraque et désopilant use et abuse de son imprévisibilité constante. On a parfois le sentiment que son scénario est l’aboutissement d’une crise de délire nourrie des personnalités hors de contrôle de ses personnages. Anders Thomas Jensen réunit pour cela des comédiens étonnants qui rivalisent dans leur usage de la surenchère. Il reconstitue ainsi le duo déjà formé par Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas dans ses cinq longs métrages précédents, leur étonnante complicité lui permettant de les emmener encore plus loin dans la folie. Résultat : un film qui ne ressemble vraiment à aucun autre et brille par son audace permanente en nous entraînant dans son délire. Cette comédie loufoque s’impose assurément comme l’une des meilleures surprises de l’été par son refus du classicisme et un humour qui s’apparente plus ou moins au fameux nonsense britannique et à ses ruptures de ton incessantes. La déraison du plus fou est souvent la meilleure.
Jean-Philippe Guerand




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