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“Sur la route d’Omaha” de Cole Webley



Omaha Film américain de Cole Webley (2025), avec John Magaro, Molly Belle Wright, Wyatt Solis, Talia Balsam, Rachel Alig, Max Carpenter… 1h23. Sortie le 22 juillet 2026.



Molly Belle Wright, Wyatt Solis et John Magaro



Un frère et sa sœur sont réveillés en pleine nuit par leur père qui les embarque pour un périple à travers le Midwest, vers une destination inconnue. Une immersion dans cette Amérique oubliée trop souvent assimilée à l’électorat Maga de Donald J. Trump. La face cachée d’un pays passé maître dans l’art de dissimuler ses signes de faiblesse et un Lumpen Proletariat victime des crises successives qui ont certes enrichi les milliardaires mais surtout ruiné les plus vulnérables privés de couverture sociale. On notera que les seuls films à traiter de ces sujets qui fâchent émanent du cinéma d’auteur indépendant, bien que des réalisateurs comme Chloé Zhao ou Sean Baker aient mis leur renommée au service de ces victimes collatérales mises en scène dans des films tels que Nomadland (2020) ou The Florida Project (2017). Sur la route d’Omaha se concentre sur le noyau fondateur que représente la famille, pour montrer que sa destruction est le signe d’un délitement plus vaste qui se déroule pour l’essentiel loin des grandes métropoles donc du regard de la société et des médias. La misère n’est supportable que si elle reste cachée. Loin des yeux, loin du cœur. Le film explore une zone grise de la société américaine dans laquelle la misère provoque l’anéantissement de l’une de ses raisons d’être. Un sujet ô combien universel, mais rarement traité avec une telle empathie. Sous prétexte de protéger les enfants des familles les plus modestes, on les sépare de leurs parents, quitte à détruire le lien le plus important qui les rattache au monde, aussi mince soit-il.



Molly Belle Wright,



Un tel sujet aurait pu céder à la tentation du mélodrame voire à un traitement naturaliste. Confronté au scénario d’un autre réalisateur, Robert Machoian, qui l’a profondément remué, Cole Webley préfère opter pour l’impressionnisme et une retenue pudique. Le père qu’il suit est un taiseux qui se garde d’expliquer la situation à ses enfants et plus encore de trouver de vaines justifications à son geste. Il s’en remet à leur complicité et surtout à la confiance aveugle qu’ils lui accordent. Ce n’est qu’avec le carton final qu’on découvrira la réalité humaine qui se cache derrière cette cavale en direction du Nebraska. La mise en scène se situe résolument du côté de cette famille fracturée qui n’a plus grand-chose à attendre des pouvoirs publics et des services sociaux. La misère ne peut mener qu’au malheur, sans être pour autant une fatalité. Le véritable sujet de ce film, ce sont les pièges d’une société de consommation qui élimine les plus fragiles en les humiliant, quitte à briser leurs relations affectives. Cette histoire trouve un interprète providentiel en la personne de John Magaro, acteur fétiche de Kelly Reichardt vu dans First Cow (2019), Showing Up (2022) et The Mastermind (2025), mais aussi dans Past Lives (2023) de Celine Song. Grand prix du jury du festival de Deauville, Sur la route d’Omaha incarne la grandeur d’un cinéma indépendant qui s’acharne à exposer avec ses moyens limités la réalité d’une Amérique du Nord fracturée par une succession de revers économiques dont la détresse consécutive à la crise des subprimes renvoie aux pires spectres de la Grande Dépression en jetant sur les routes les plus vulnérables de ses citoyens. Sur la route d’Omaha, il y a aussi les promesses de sursaut de ces moins que rien que les États-Unis aimeraient tant effacer.

Jean-Philippe Guerand







Molly Belle Wright et Wyatt Solis

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