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“Seule la vie” d’Adrian Goiginger



Vier Minus Drei Film germano-autrichien d’Adrian Goiginger (2026), avec Valerie Pachner, Robert Stadlober, Stefanie Reinsperger, Hanno Koffler, Ronald Zehrfeld, Margarethe Tiesel, Paul Wolff-Plottegg, Michael Gampe, Petra Morzé, Michael Fuith, Johann Wolfgang Lampl, Sophia Laggner, Simon Morzé, Maximilian Reinwald, Karl Markovics… 2h01. Sortie le 8 juillet 2026.



Valerie Pachner et Robert Stadlober



Le titre allemand de ce film résume parfaitement son enjeu : Quatre moins trois qui fut celui d’un livre paru en 2010 dans lequel Barbara Pachl-Eberhardt relatait la tragédie familiale qu’elle avait vécue. C’est l’équation tragique à laquelle se trouve confrontée une femme qui apprend que son compagnon et ses deux enfants sont morts dans un accident de la route. Dès lors, le monde entier s’effondre autour d’elle. Précisons qu’il ne s’agit pas ici de déflorer le sujet du film qui découle en fait de ce postulat de départ. Du bonheur de cette famille, on ne voit que peu de choses, mais on devine une complicité de chaque instant. Clowns professionnels, les parents ont su communiquer à leurs enfants leur insouciance et leur joie de vivre. Alors quand ce carré magique perd trois de ses côtés, la survivante n’a que ses yeux pour pleurer et ses souvenirs pour esquisser parfois un sourire. D’un tel sujet, la tentation est de tirer un mélo ou un drame. Loin de se dérober devant ses responsabilités, Adrian Goiginger a la bonne idée de se concentrer sur un personnage féminin que son passé a armé pour aller au-delà de la douleur et se reconstruire, sans oublier pour autant le bonheur qui l’a submergée. Il montre par ailleurs à des détails faussement insignifiants combien il est difficile de faire table du passé et de continuer à vivre sans être assailli en permanence par les souvenirs de ces jours heureux. Avec cette difficulté supplémentaire qui consiste à garder ses souvenirs pour soi et à ne pas se laisser isoler par la souffrance. Comme le suggère joliment le titre français, Seule la vie peut permettre de renaître à soi-même en bâtissant un autre avenir sur les fondations établies dans le passé.



Valerie Pachner



Dans ce qui est son cinquième long métrage, le cinéaste autrichien Adrian Goiginger choisit de ne montrer que quelques images éparses du bonheur familial qui se brise avant qu’on n’ait eu le temps de s’y accrocher. La disparition elle-même est traitée avec une pudeur laconique. Comme l’ellipse d’un fait divers d’une terrible banalité. Ce qui l’intéresse au premier chef, ce sont les conséquences de cet accident, c’est-à-dire le cheminement intérieur de son personnage principal et par extension la fragilité évanescente du bonheur. Dès lors, il se concentre sur cette femme qui a consacré son existence professionnelle à faire rire les autres et va utiliser cette capacité, non pas pour oublier car le moindre détail la renvoie à son passé et que rien ne serait plus terrible que l’oubli, mais pour rebondir sur ces décombres. Ce rôle, le cinéaste l’a confié à une comédienne révélée à l’international par Terrence Malick dans Une vie cachée (2019) et récemment à l’affiche de Notre histoire - Chroniques du Caire. Sa composition s’avère d’autant plus impressionnante qu’elle repose pour une bonne part sur l’intériorisation des sentiments. Elle excelle notamment à montrer comment elle peut basculer d’un instant à l’autre du quotidien le plus prosaïque à un accès de douleur insupportable suscité souvent par un détail qui pourrait paraître insignifiant. Son deuil intérieur est en outre perturbé par sa mauvaise conscience (elle était absente au moment de l’accident) et une sensibilité à fleur de peau qui transforme le moindre détail du quotidien en une occasion de pleurer ses chers disparus, tant qu’elle ne s’est pas résolue à donner les jouets de ses enfants ou à se débarrasser des vêtements de son mari. Difficile de voir ce film sans ressentir une boule dans la gorge et s’identifier à cette femme confrontée à une épreuve universelle que nous pouvons sans doute toutes et tous rattacher à notre propre vécu. C’est même son principal enjeu.

Jean-Philippe Guerand






Valerie Pachner

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