The Odyssey Film américain de Christopher Nolan (2026), avec Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Lupita Nyong’o, Zendaya, Charlize Theron, Jon Bernthal, Benny Safdie, Mia Goth, John Leguizamo, Himesh Patel, Elliot Page, Bill Irwin, Samantha Morton, Jesse Garcia, Will Yun Lee, Shiloh Fernandez, Rafi Gavron, Corey Hawkins, Nick Tarabay, Jimmy Gonzales, Maurice Compte, Michael Vlamis, Iddo Goldberg, Logan Marshall-Green, Joyan Adepo, Ryan Hurst, Josh Stewart… 2h52. Sortie le 15 juillet 2026.
Il est des paris qui suscitent tout à la fois le respect et l’admiration. De tous les classiques de la littérature, l’œuvre d’Homère présente la particularité d’avoir laissé le cinéma à une certaine distance, à l’exception d’un certain nombre de productions davantage venues de Cinecittà que d’Hollywood qui ont brodé allègrement autour du personnage d’Ulysse, parti pour un périple initiatique semé de rencontres et de dangers en laissant derrière lui une femme, un fils et un chien. Avec aussi des variations telles qu’O Brother (2000) des frères Coen, des films d’animation et The Return, le retour d’Ulysse d’Uberto Pasolini, sorti l’an dernier, qui se concentrait quant à lui sur les retrouvailles du roi d’Ithaque avec les siens dans une dramaturgie calquée sur celle de la tragédie antique. Le film de Christopher Nolan débute à ce moment où Pénélope assaillie par les prétendants et sans nouvelles de son époux envisage de se donner à celui qui la méritera, tandis que son fils Télémaque tente de la protéger des autres comme d’elle-même. Suit l’évocation du voyage à haut risque d’Ulysse et de ses compagnons et son point d’orgue : la guerre de Troie qui a bel et bien eu lieu et marqué à jamais ceux qui en ont réchappé. C’est l’épicentre du récit et sa raison d’être. Par l’ampleur des sujets qu’il aborde et son sens de l’épique, Nolan est le digne héritier de son compatriote David Lean. Il le démontre ici en déployant les grands moyens au service d’un texte fondateur dont il n’élude aucune difficulté, tout en imprimant sa marque personnelle à certaines de ses composantes, qu’il s’agisse du cyclope Polyphème, des sirènes, de la magicienne Circé ou même du fameux cheval de Troie qui n’est plus en bois mais en métal et émerge du sable d’une plage tel le monolithe de 2001 : L’odyssée de l’espace, l’autre modèle du réalisateur étant évidemment Stanley Kubrick par son perfectionnisme absolu.
John Leguizamo, Matt Damon et Himesh Patel
Matt Damon succède aujourd’hui à Kirk Douglas en Ulysse dans la version réalisée par Mario Camerini en 1954. C’est un héros tourmenté et fatigué à qui ses affrontements successifs avec des créatures mythologiques ont valu une aura hors du commun. Nolan reste en permanence aux côtés de son héros et de ses compagnons, vaillants guerriers qui se sacrifient les uns après les autres dans une sorte de compte à rebours inéluctable et absurde. Cette succession d’épreuves inclut aussi la rencontre de cet homme avec une femme, Calypso (la sublime Charlize Theron), qui va abuser de son charme pour lui faire perdre la notion du temps et différer de sept ans son tardif retour au bercail. C’est cette composante qui semble fasciner plus que tout Christopher Nolan dans L’Odyssée. Tout le monde semble y attendre Ulysse, y compris ce chien qui vivra jusqu’à vingt ans pour revoir son maître et pousser son dernier souffle, et surtout son fils unique, Télémaque (Tom Holland), qui a grandi bercé par les récits de sa mère, sans oser toutefois mettre ses pas dans les traces de l’absent. La gardienne de la mémoire possède la sagesse et la patience de Pénélope (Anne Hathaway), isolée de sa cour et de son principal intrigant, Antinoos (Robert Pattinson), par une mince cloison comme les favorites des sérails. Malgré l’ampleur de l’œuvre qu’il porte à l’écran, le cinéaste se garde bien de pratiquer la surenchère et de mettre en scène les multiples périls qu’affrontent Ulysse et ses compagnons. Il choisit toutefois de parer son film du nec plus ultra de la technologie, l’Imax 70mm, qui rend compte de son exigence formelle et exige de voir ce péplum mélancolique de bruit et de fureur dans des conditions technologiques optimales pour mesurer l’ampleur de son ambition formelle. Son souffle le mérite et même l’exige.
Jean-Philippe Guerand




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