Film français d’Avril Besson (2026), avec India Hair, Raya Martigny, Éric Cantona, Mathias Minne, Fanny Sidney… 1h27. Sortie le 29 juillet 2026.
Raya Martigny et India Hair
L’un des mystères du cinéma réside dans sa capacité à faire rêver et à montrer le monde plus beau qu’il n’est. Une caractéristique qu’Avril Besson a mis au service de son premier long métrage, prolongement direct d’un court tourné au cours de sa trop longue genèse, Queen Size (2023), primé à Clermont-Ferrand. Une épreuve du feu qu’elle a exploitée comme une source d’enseignement et qui lui a permis d’associer deux natures en la personne d’India Hair et Raya Martigny dont la complicité crève l’écran avec un naturel entretenu en amont. Une Parisienne qui vient de perdre sa grand-mère se laisse guider par les souvenirs de la défunte vers une petite station balnéaire de la Méditerranée en basse saison. Là, elle fraie avec les rares autochtones dont un caviste qui a gardé un souvenir inoubliable de sa mère et une serveuse de pizzeria à la nature explosive avec qui elle se trouve des affinités particulières. Un dispositif élémentaire au service d’une chronique touchante sur l’amour et l’amitié peuplé de personnages particulièrement incarnés. Le tour de force du film est d’être à la fois très bien écrit et de laisser un espace non négligeable à l’improvisation. Il remplit en cela le cahier des charges d’un premier film classique qui servira ensuite de passeport pour une carrière. Monteuse de formation, la réalisatrice a visiblement beaucoup appris de son expérience dans ce domaine qui lui a donné l’occasion de collaborer avec des courts-métragistes eux aussi à l’orée de leur vie professionnelle.
India Hair et Raya Martigny
Les matins merveilleux répond précisément à son titre. Sa tonalité intimiste s’appuie sur des personnages résolument bienveillants et naturellement anticonformistes qui se sont faits une place au soleil et assument leur marginalité, sans être à proprement dit des révoltés. Ils prennent le temps de vivre et l’assument. Alors quand une étrangère débarque, la première réaction devrait osciller entre méfiance et repli sur soi. Mais l’arrivante se révèle très vite aussi originale pour nez pas dire excentrique, elle a surtout un cœur gros comme ça et une curiosité à toute épreuve qui la pousse à aller au-devant de ces inconnus. C’est là où la délicatesse d’Avril Besson fait toute la différence par la générosité avec laquelle elle traite ses protagonistes et tire parti de leurs interactions. À l’instar d’Éric Cantona sur son registre irrésistible de ronchon au cœur gros comme ça. Sous la chronique désenchantée d’une jeune femme de faire face aux vicissitudes d’un âge adulte qu’elle a pris un malin plaisir à repousser à des jours plus cléments se cache un film subtil sur la vérité des sentiments confrontée à l’épreuve du réel. Ses deux personnages féminins évoluent à l’écart de toutes les conventions. L’une est une Parisienne sans histoires qui s’est toujours dévouée pour les autres, sans véritables souvenirs vécus auxquels se raccrocher. L’autre est une diva de province qui existe à travers les réseaux sociaux et une modeste aura locale, qui plus est passée par une transition de genre. Résultat, leur union est le reflet d’une différence de tailles qui complique leurs étreintes, mais démontre que rien n’est possible. C’est sans doute la morale de ce film doux et attachant.
Jean-Philippe Guerand




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