Film franco-belgo-canadien d’Hélène Rosselet-Ruiz (2026), avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri, Kassem Al Khoja… 1h30. Sortie le 29 juillet 2026.
Malou Khebizi et Soundos Mosbah
Une jeune femme de banlieue entre au service d’une Saoudienne qui vit cloîtrée dans un appartement luxueux des beaux quartiers parisiens, au rythme des visites de son riche amant dont elle n’est qu’une favorite parmi d’autres. Petit à petit s’établit une complicité imprévisible entre ces deux femmes devenues dépendantes l’une de l’autre qui vont devoir faire front pour échapper au piège qui se referme sur elles. On reconnaîtra dans le sujet du premier long métrage d’Hélène Rosselet-Ruiz la fameuse dialectique du maître et de l’esclave théorisée par Hegel à l’orée du XIXe siècle dans “Phénoménologie de l’esprit” qui a notamment inspiré au cinéma The Servant (1963) de Joseph Losey sur un scénario d’Harold Pinter. Le scénario a été écrit par la réalisatrice avec Pauline Guéna dont un livre avait déjà inspiré La nuit du 12 (2022) à Dominik Moll. Ce huis clos étouffant repose sur la confrontation de ses deux interprètes féminines : Malou Khebizi, la révélation de Diamant brut, et Soundos Mosbah découverte dans The Grill. Il s’inspire de situations authentiques et met en miroir la destinée de ces deux femmes en proie à un piège qui les rend dépendantes l’une de l’autre, face aux abus du patriarcat dans ce qu’il a de plus rétrograde. C’est à travers ce point de vue original que le film trouve son équilibre et réussit à aller au-delà des clichés en vigueur sur la condition des femmes orientales qui va de la figure tutélaire de Shéhérazade dans “Les contes des mille et une nuits” à Harem (1985) d’Arthur Joffé, en perpétuant la tradition des favorites recluses.
Soundos Mosbah et Malou Khebizi
Malgré ce que pourrait laisser penser son sujet, Le Triangle d’or est une charge virulente contre le patriarcat et des pratiques d’un autre âge qui subsistent dans certaines sociétés arabes rétrogrades où la condition féminine apparaît anachronique. Si le film débute sur le registre d’une sorte de conte oriental, il souligne assez vite son anachronisme à travers le regard moderne de la domestique issue d’un milieu modeste mais en prise avec l’évolution des mœurs. L’image que lui renvoie la belle captive sur laquelle elle est chargée de veiller en l’absence du maître des lieux témoigne d’une société archaïque dominée par l’argent et une conception dégradée de la femme comme objet sexuel et sentimental instrumentalisé. C’est dire l’importance que revêt le film par son propos social et moral. Soucieuse de circonscrire ce sujet dans un cadre étroit, à l’exception d’une séquence qui fonctionne comme une rupture au contact du réel, Hélène Rosselet-Ruiz plaide pour une solidarité féminine qui outrepasserait les obstacles culturels et les barrières de classe. Le message de son film possède aussi une dimension politique. Il dénonce autant des pratiques machistes d’un autre âge que l’inconscience d’une caste qui persiste à croire que tout s’achète… pourvu qu’on y mette un prix suffisant. Derrière l’ubiquité de son titre (Le Triangle d’or désigne à la fois le quartier parisien le plus huppé et le sexe féminin) se cache la dénonciation en règle de pratiques d’un autre âge qui paraissent d’autant plus choquantes qu’elle se voient transposées au cœur même de l’Europe des Lumières.
Jean-Philippe Guerand




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