Der Held vom Bahnhof Friedrichstraße Film allemand de Wolfgang Becker (2025), avec Charly Hübner, Christiane Paul, Leon Ullrich, Leonie Benesch, Thorsten Merten, Dirk Martens, Peter Kurth, Daniel Brühl, Jürgen Vogel, Eva Löbau, Jörn Hentschel, Lilli Fichtner, Leslie Malton, Claudia Eisinger, Bernhard Schütz, Katarina Witt, Annabelle Mandeng, Adisat Semenitsch, Holger Handtke… 1h53. Sortie le 15 juillet 2026.
Charly Hübner
Étrange destinée que celle de ce film qui sort dans la torpeur de l’été et risque bien de passer inaperçu. Sa genèse est pourtant de celles qui forcent l’admiration. Auteur d’un film inoubliable, Good Bye, Lenin ! (2003), qui résumait à lui seul les leurres de la réunification à travers les efforts déployés par un fils pour préserver sa mère de la réalité, Wolfgang Becker, se sachant atteint d’un cancer incurable, a décidé de consacrer toutes ses forces à la réalisation de ce qui n’est que son sixième long métrage en quarante ans. Il est mort en décembre 2024 à l’âge de 70 ans après en avoir achevé le tournage. Le héros de Berlin est l’adaptation d’un roman de Maxim Leo qui s’attache à un patron de vidéoclub qu’un journaliste fait passer pour le cerveau d’une évasion massive d’Allemagne de l’Est à l’occasion du trentième anniversaire de la chute du Mur. Dépassé par l’enthousiasme que suscitent ses exploits présumés, notre homme doit faire face à leurs conséquences dans un jeu de la vérité à haut risque. Becker renoue avec le thème de prédilection de son œuvre : la réunification allemande et ses conséquences, avec cette nostalgie pour la RDA désignée sous le terme d’Ostalgie qui passe par une idéalisation totalement déconnectée de la réalité. Il émane de ce film l’esprit de certaines comédies de Frank Capra à travers la bonhomie de cet homme de la rue qui s’empêtre dans le mensonge dont il est devenu le jouet malgré lui, mais qu’il est obligé d’assumer pour éviter à la fois l’opprobre et la ruine.
Leon Ullrich et Charly Hübner
On retrouve dans Le héros de Berlin tout ce qui contribuait à la magie de Good Bye, Lenin ! : cette idée du mensonge qui rend la réalité plus belle, mais devient fatalement un piège. Au-delà des exploits glorieux qu’on lui prête, par son activité professionnelle, son personnage principal vend du rêve à d’incurables nostalgiques et à des cinéphiles. Sa fonction consiste donc en quelque sorte à entretenir la mémoire, face aux assauts du progrès et à une surenchère technologique effrénée. Avec cette menace que représentent les médias numériques et les réseaux sociaux (sans même mentionner l’irruption de l’intelligence artificielle intervenue entre-temps) par leur propension à repousser les limites de la liberté et à remodeler notre rapport à la réalité. Le film décrit avec un réalisme troublant cet emballement devenu une spirale qui ne cessera que pour être remplacé par un autre. Qu’importe dès lors qu’il s’agisse de fausses nouvelles, l’intérêt repose sur l’emballement médiatique qu’elles suscitent et qui va remonter ici jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir dans un élan de pur opportunisme politique. L’incarnation de ce Héros de Berlin par Charly Hübner constitue une indéniable valeur ajoutée, tant l’homme ne semble pas préparé à endosser la fonction qui lui est attribuée. Autour de lui, le cinéaste a convié des interprètes de la qualité de Christiane Paul, Leonie Benesch, Jürgen Vogel et Daniel Brühl qu’il a pour la plupart naguère contribué à révéler, mais aussi l’ex-championne de patinage artistique Katarina Witt. Leur présence plus ou moins importante confère au film l’aura d’une réunion de famille autour d’une blessure nationale dont Wolfgang Becker restera à jamais un ambassadeur émérite.
Jean-Philippe Guerand




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