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“La fille dans les nuages” de Philippe Riche



Film d’animation franco-belge de Philippe Riche (2026), avec (voix) Louane Emera, Jamel Debbouze, Grégoire Ludig, Patrick Brüll, Clémentine Domptail, Pauline Moulène, Kaycie Chase, Erik Stouvenaker, Damien Laquet, Paul Borne, Jean-François Rossion, Bénédicte Philippon, François Raison, Catherine Hosmalin, Renaud Dehesdin… 1h28. Sortie le 22 juillet 2026.





L’animation contemporaine est le lieu de l’hybridation par excellence. Un domaine dans lequel se télescopent tendances et influences à l’attention d’un public multiple. L’époque où les enfants constituaient un cœur de cible unique est révolue. De même que l’hégémonie hollywoodienne dans ce domaine dont Walt Disney a posé les bases. Il suffit de voir l’impact provoqué année après année par le festival d’Annecy pour mesurer le chemin parcouru. Ce genre polymorphe s’il en est ne progresse qu’en se nourrissant de l’inventivité partagée par ses artisans. La technologie ne vient qu’ensuite, quand l’imagination cherche de nouveaux moyens d’expression et doit inventer ses propres outils. Avec aussi le renfort de ces arts cousins que sont les jeux vidéo, la bande dessinée et les romans graphiques. L’animation semble désormais avoir aboli toutes les frontières pour parvenir à ses fins dans une quête identitaire où chaque pierre apportée à l’édifice constitue un pas en avant dans le perfectionnement de cette discipline et sa revendication d’un nouveau langage universel qui peut faire abstraction des codes traditionnels en vigueur. Nul doute que c’est notamment du côté des animes que Philippe Riche a puisé son inspiration visuelle, après avoir été associé aux Lapins crétins, au Petit Nicolas et à Oggy et les cafards. L’héroïne de son premier long métrage, Providence la bien nommée, est une pré-adolescente douée d’un pouvoir merveilleux : tout ce qu’elle écrit se réalise grâce à une plume magique. Alors, malgré les réticences et les mises en garde de son animal de compagnie, le cochon d’Inde Airbag, dernier cadeau d’anniversaire de ses parents, elle va tirer profit de ce don aux perspectives illimitées pour partir à la conquête du monde et adapter la réalité à ses désirs.





Lointainement inspiré du roman de Romain Puértolas, “La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel” (Le Dilettante, 2015), La fille dans les nuages se réfère aussi à des personnages tels que Peter Pan et Pinocchio. Son héroïne est une orpheline confiée à un oncle handicapé qui ne peut pas accéder à sa chambre dont elle a fait son jardin secret. Ses aventures constituent un récit d’apprentissage qui va l’amener à grandir. Il emprunte en outre la forme du Buddy Movie à travers la complicité de la gamine impétueuse avec son compagnon rongeur qui apparaît aussi prudent et timoré qu’elle est audacieuse et tête brûlée. L’association de ces deux personnages traités en 3D nous entraîne dans des lieux parfois revus et corrigés avec une certaine poésie, à commencer par ce Paris digne d’un décor de jeu vidéo où Molière a sa station de métro. Parmi les références revendiquées par le réalisateur figurent également Federico Fellini et Hayao Miyazaki. Le film apparaît en outre traversé par une sensibilisation particulière à l’écologie qui renvoie à la personnalité des parents de l’héroïne, des militants disparus en Amazonie. Jusqu’au cochon d’Inde boulimique qui ne consomme toutefois que des aliments bio et à l’oncle inventeur sensible à la protection de l’environnement. Au-delà des valeurs louables qu’il défend sans prêchi-prêcha, ce film virevoltant manifeste une indéniable qualité qui témoigne une fois de plus de la richesse de l’animation française capable de proposer en l’espace d’un mois des films aussi différents que Le vertige, Jim Queen, Des Minions et des monstres et In Waves.

Jean-Philippe Guerand





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