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“I Want Your Sex” de Gregg Araki



Film américain de Gregg Araki (2025), avec Olivia Wilde, Cooper Hoffman, Charli xcx, Daveed Diggs, Mason Gooding, Chase Sui Wonders, Johnny Knoxville, Margaret Cho, Roxane Mesquida, George Todd McLachlan… 1h30. Sortie le 29 juillet 2026.



Cooper Hoffman et Olivia Wilde



La rencontre de Gregg Araki, marginal en chef du cinéma américain à l’origine de la trilogie de l'apocalypse adolescente (Totally F***ed Up-1993, The Doom Generation-1995 et Nowhere-1997) et lauréat de la première Queer Palm en 2010 pour Kaboom, et d’Olivia Wilde, actrice-réalisatrice féministe qui ne lâche jamais rien, suscitait autant d’espoirs que d’interrogations. À l’arrivée, le résultat s’avère jubilatoire. Le cinéaste qui n’avait pas tourné depuis White Bird (2014) démontre que son esprit de révolte ne s’est pas assagi, bien que ses protagonistes ne soient plus à proprement parler des adolescents. Il s’attache en l’occurrence à la liaison d’une artiste dominatrice avec un jeune homme qu’elle engage pour devenir sa muse sexuelle et qu’elle va soumettre autant à ses désirs qu’à ses ordres. Un sujet qui serait rien moins que classique si le maître était un homme et son soumis une femme : le cinéma déborde de ces rapports malsains. L’originalité d’I Want Your Sex consiste à inverser cette proposition qui prend ainsi un tout autre sens en modifiant notre regard sur cette situation. Moins pour choquer le bourgeois que pour donner à réfléchir à la gent masculine sur cette pratique artistique qui a relégué les femmes à ces emplois d’inspiratrices, quitte à les instrumentaliser et à les humilier. Le metteur en scène nous positionne d’emblée à une place inconfortable, feint d’en rire, mais montre clairement ce que cette situation a d’abusif et d’extrême. Ce qui pouvait nous sembler parfois naturel jusqu’à présent apparaît ici profondément malsain.



Olivia Wilde et Cooper Hoffman



Le personnage d’artiste qu’incarne Olivia Wilde est délibérément caricatural. C’est en quelque sorte la déclinaison contemporaine de la créatrice d’avant-garde immortalisée par Julianne Moore dans The Big Lebowski (1998) des frères Coen. Elle abuse de son pouvoir en toute impunité et relègue son employé corvéable à merci (Cooper, le fils du regretté Philip Seymour Hoffman) au rang de souffre-douleur plus ou moins consentant, lui-même se voyant jalousé par l’homme à tout faire de l’artiste qui se sent démis de ses fonctions par cet intrus. Davantage que le label de thriller érotique sous lequel il est présenté, I Want Your Sex est la satire virulente de cette scène artistique californienne artificielle où le paraître persiste à prédominer sur l’être et à drainer dans son sillage une cohorte d’adorateurs toujours prêts à payer pour voir. Le casting comprend en outre des personnalités aussi singulières que Charli XCX (vue récemment dans Eruption), le chanteur de hip-hop Daveed Diggs, la comédienne française Roxane Mesquida (déjà dans Kaboom), Mason, le fils prodigue de l’acteur Cuba Gooding Jr., et Johnny Knoxville, associé pour toujours au personnage autodestructeur de Jackass. Des personnalités atypiques qui contribuent à donner un supplément d’âme à cette comédie plutôt grinçante aux allures de charge contre une scène artistique elle-même totalement déconnectée de la réalité. Constat est réjouissant : Gregg Araki n’a rien perdu de sa virulence et de sa lucidité. Son nouveau film est une partie de plaisir qui n’épargne personne et a le bon goût de ne jamais se prendre au sérieux.

Jean-Philippe Guerand






Olivia Wilde et Cooper Hoffman

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