Film américain de Sébastien Vaniček (2026), avec Souheila Yacoub, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, Tandi Wright, Maude Davey, Erroll Shand, Keanu Karim, Tapiwa Soropa, George Pullar, Greta van den Brink, Victory Ndukwe… 1h50. Sortie le 8 juillet 2026.
Souheila Yacoub
Sébastien Vaniček fait partie de ces réalisateurs français que tout ou presque destinait à partir pour des horizons plus lointains. Son premier long métrage, Vermines, racontait l’invasion d’une tour de banlieue par une prolifération d’araignées venimeuses. C’était l’un de ces films catastrophes qui utilisent le spectacle comme matière à une réflexion plus vaste sur l’ordre social. En l’occurrence, cet immeuble minable devient l’épicentre d’un monde malade dont les pauvres sont systématiquement les victimes expiatoires, même si comme ici, leur salut repose sur leur solidarité. Ce film redoutablement efficace attire l’attention du maître de l’horreur, Stephen King en personne, et vaut au réalisateur d’être engagé par Sam Raimi pour prendre les commandes du nouvel opus de sa saga emblématique, Evil Dead (1981). Vaniček perpétue en cela une tradition qui a notamment porté à l’international des talents comme Alexandre Aja et Pierre Morel. Une génération biberonnée davantage au cinéma fantastique anglo-saxon qu’à la Nouvelle Vague et qui se retrouve à travers des codes générationnels désormais universels. Dès lors, le sujet lui-même n’apparaît que comme un simple prétexte. L’essentiel réside dans son approche et son exécution. La chance du réalisateur consiste à être jugé digne de servir un concept éprouvé, ce qui suppose à la fois une maîtrise parfaite de son sujet et une capacité à s’en approprier les diverses composantes à travers son propre regard. Mission accomplie avec Evil Dead Burn.
Souheila Yacoub
En s’aventurant ainsi dans le cercle très fermé du cinéma hollywoodien, où il avoue être entré à pas comptés, Sébastien Vaniček s’est trouvé en quelque sorte en liberté surveillée. Il a cependant su saisir sa chance en faisant appel lui-même à un autre talent venu de France, la comédienne Souheila Yacoub devenue bankable à l’international depuis son rôle récurrent dans la saga Dune de Denis Villeneuve. Elle y incarne une jeune veuve qui, lors d’un repas de famille organisé à la mémoire du disparu, voit les différents convives se transformer en créatures monstrueuses et réalise que ses liens matrimoniaux sont loin d’être rompus. Ce n’est que le début d’une véritable descente aux enfers à laquelle il va lui falloir résister de toutes ses forces pour pouvoir continuer à vivre en brisant cette malédiction. De ce postulat somme toute classique le réalisateur et son complice Florent Bernard ont tiré un traitement d’une quinzaine de pages qui tourne autour du thème de l’amour à mort et accorde une importance considérable au feu. Tout l’intérêt de cette nouvelle variation à partir du classique de Sam Raimi vient de la liberté totale que ce dernier a décidé d’accorder à ceux qu’il a choisis pour en livrer leur propre version, que l’original constitue une référence à leurs yeux… ou pas. Vaniček avoue ainsi sa préférence de spectateur pour Spider-Man 2 et avoir découvert l’univers d’Evil Dead à travers le remake signé par Fede Alvarez en 2013, le premier à prendre ses distances avec le personnage iconique d’Ash immortalisé par Bruce Campbell. Gageons qu’Evil Dead Burn suscitera à son tour de nouvelles vocations par sa virtuosité, mais aussi ses références incessantes à la toxicité du masculinisme inscrites dans notre époque. C’est toute la puissance de l’horreur que d’éclairer autrement le réel.
Jean-Philippe Guerand

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