Film français d’Élie Wajeman (2026), avec Vincent Macaigne, Sandor Funtek, Alexia Chardard, Lou Lampros, Ike Zacsongo-Joseph, Sarah Le Picard, Samuel Achache, Anne-Lise Heimburger, Nader Boussandel, Maxime Tshibangu, Éric Denize, Laurent Robert, Mathieu Perotto, Pauline Lorillard, Kenza Lagnaoui, Luiza Benaïssa, Élodie Huber, Benicia Makengele, Vincent Sornaga… 1h37. Sortie le 15 juillet 2026.
Il est des films qui naissent de leurs conditions de tournage et surtout d’un faisceau de contraintes concomitantes. Ce fut naguère le cas d’Entre adultes (2007) dans lequel Stéphane Brizé avait mis à profit l’animation d’un atelier de de comédie de l’Afdas pour en tirer un long métrage expérimental mettant en scène une douzaine de couples sur le principe de La ronde d’Arthur Schnitzler dans un décor minimaliste. Élie Wajeman reprend aujourd’hui un principe voisin dans le cadre d’un Paris sous la menace d’une comète de passage qui laisse libre cours aux supputations les plus fantaisistes. De cet exercice de style, le réalisateur prometteur d’Alyah (2012) tire un film choral peuplé de personnages plutôt attachants interprétés dans une certaine proportion par des élèves d’un stage de formation initié par les productrices Priscilla de Laforcade et Sabrina Bellino. Dix-huit personnages en quête de hauteur dans l’espace circonscrit du Nord-Est parisien où les destins se croisent jusqu’à se frôler. Avec au-dessus de leurs têtes, une menace abstraite venue d’ailleurs qui se manifeste par un trait énigmatique trouant le ciel comme une virgule poétique. Cet entrelacs humain repose avant tout sur la qualité de son interprétation au service d’une pâte humaine d’une grande richesse dont on n’a jamais l’impression qu’elle exécute une partition, mais qu’elle répond aux interactions qu’elle engendre.
Lou Lampros
De ce dispositif, Élie Wajeman tire un film d’une étonnante humanité où les personnages en viennent à prendre le pouvoir que leur donne le scénario, en jouant sur ses moindres échappées. Il y retrouve notamment Vincent Macaigne à qui il avait confié le rôle principal de son film précédent, Médecin de nuit (2020), et s’offre une distribution foisonnante de talents venus de tous les horizons qui réussissent toutes et tous à exister par eux-mêmes, comme autant de maillons d’une même chaîne humaine. Le réalisateur s’en remet par ailleurs à deux regards distincts mais complémentaires : celui de David Chizallet qui a éclairé ses opus précédents auquel vient s’ajouter celui de Noémie Gillot, des compagnons de route rencontrés lors de ses études à la Fémis qui lui ont permis d’aller droit au but dans un cadre parisien comme on l’aime dont il n’hésite pas parfois à briser la topographie pour aller droit à l’essentiel. Il y a dans la construction de Comète une liberté surveillée qui évoque certaines nouvelles de l’écrivain américain Raymond Carver porté à l’écran dans Short Cuts (1993) de Robert Altman, réalisateur dont Wajeman apprécie particulièrement Nashville (1975). Les destins individuels s’y imbriquent comme autant de morceaux d’une mosaïque à laquelle la mise en scène applique de multiples grilles de lecture, en pratiquant le mélange des genres en fonction des caractères. L’occasion pour le réalisateur de donner à ce tableau de mœurs des orientations diverses qui revisitent autant de genres cinématographiques, de la comédie sentimentale au film noir en passant par une mise en perspective des conventions théâtrales les plus éprouvées. À l’arrivée, on sort de ces rencontres avec des gens comme les autres avec l’impression de s’y être fait de nouveaux amis et d’y avoir assisté à la naissance d’autant de relations en devenir. Comme si le cinéaste avait tenu à nous offrir une vue imprenable sur ces instants de vie.
Jean-Philippe Guerand




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