Un anno di scuola Film italo-français de Laura Samani (2025), avec Stella Wendick, Giacomo Covi, Pietro Giustolisi, Samuel Volturno, Magnus Krepper, Silvia Gallerano, Maurizio Zacchigna, Paolo Fagiolo… 1h42. Sortie le 10 juin 2026.
Giacomo Covi et Stella Wendick
Difficile d’imaginer en découvrant le premier long métrage de Laura Samani, Piccolo corpo (2021), que cette réalisatrice enchaînerait avec un film aussi différent qu’Une année italienne. Elle y relate l’émoi provoqué par l’irruption d’une élève suédoise dans un lycée technique dont ses camarades de terminale (où elle est la seule fille !) tombent amoureux, à commencer par un trio de copains. L’action se déroule à Trieste en 2007, c’est-à-dire l’année des 17 ans de la réalisatrice dans cette ville d’où elle est originaire. Un ressenti qui nourrit un scénario librement inspiré du bref roman de Giani Stuparich “Une année d’école” (Verdier, 2024) publié en 1929, mais situé vingt ans plus tôt. Cette comédie sentimentale délibérément à contre-courant perpétue une longue tradition de Teen Movies que le cinéma italien s’est naguère approprié en la traitant avec une vulgarité assumée sur un registre hypersexualisé. Dès lors, Laura Samani s’en démarque avec une certaine élégance, mais sans chercher à tricher avec les contraintes inhérentes à son sujet. Elle s’appuie pour cela sur la personnalité de son interprète principale, Stella Wendick, jolie fille qui assume sa beauté comme un bienfait naturel, face à une cour de prétendants torturés par leurs phéromones qui ne maîtrisent pas vraiment les choses de l’amour. Une posture singulière et paradoxale qui donne au film une fraîcheur un peu anachronique et un charme piquant. Si le cinéma de femme a un sens, il s’exprime par le traitement qu’applique Laura Samani à cette histoire si souvent racontée d’un point de vue masculin variant de libidineux à lubrique.
Giacomo Covi et Stella Wendick
Une année italienne est un film charmant qui a pour centre de gravité une adolescente parée d’un pouvoir de séduction qu’elle assume sans en abuser. Là où elle pourrait être celle qui divise, par l’émoi qu’elle suscite parmi ces adolescents à l’âge critique de la puberté, elle joue de son charme pour les apprivoiser et éviter qu’ils finissent par se brouiller. Laura Samani s’identifie évidemment au personnage principal féminin, mais évite absolument tous les clichés inhérents à ce genre d’histoire. Elle assume sa vision romantique d’une époque qu’elle a vécue et qu’elle idéalise, comme pour mieux montrer l’imminence de la fin d’une certaine innocence. Or, c’est précisément cette caractéristique qui lui confère tout son charme et témoigne en permanence du tact et de la délicatesse de sa réalisatrice sur un registre qui a souvent donné lieu à des films vulgaires, racoleurs et plus encore misogynes et phallocrates, notamment en Italie dans les années 70 et 80. Samani adopte un point de vue qui transforme la réalité en une version alternative du rêve à travers un personnage féminin idéalisé jusqu’au fantasme, qui plus est une Suédoise qui paraît d’autant plus attirante aux yeux de ces adolescents italiens de Trieste qu’elle est l’unique fille de leur classe et cristallise en tant que telle des désirs brouillons qui se heurtent en outre à leur concurrence forcée. Avec en prime ce tour de force qui consiste pour une femme à se mettre dans la peau des jeunes hommes qu’elle décrit avec autant de compréhension que de compassion.
Jean-Philippe Guerand




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