Accéder au contenu principal

“Ulysse” de Laetitia Masson



Film français de Lætitia Masson (2026), avec Élodie Bouchez, Alphonse Roberts, Stanislas Mehrar, Romane Bohringer, Gringe, Thomas Badinot, Thibaut Mahieux, Clémence Pycarelle, Arthur Rossano-Parvez, Hugo Rossano-Parvez, Bendriss Joud, Sebastian Judea, Marion Trémontels… 1h37. Sortie le 17 juin 2026.



Élodie Bouchez et Alphonse Roberts



Étrange itinéraire que celui de Lætitia Masson qu’En avoir (ou pas) (1995) et À vendre (1998) désignèrent comme l’un des plus sûrs espoirs du cinéma français de la fin du XXe siècle et qui accomplit par la suite des tours et détours, passant du court au long, du petit au grand écran et de la fiction au documentaire en fonction des circonstances. Coscénariste de Nouvelle vague de Richard Linklater, elle revient à la réalisation avec Ulysse, la chronique extrêmement intime d’un couple qui met au monde un enfant “bizarre” avant d’apprendre qu’il est “différent” et nécessitera des soins particuliers pour pouvoir concilier les choses de la vie au syndrome génétique dont il est atteint. D’abord enfermé dans son univers intérieur, l’enfant ne manifeste que peu de réactions, au grand dam de sa maman dont le compagnon parti poursuivre sa carrière de pianiste Outre-Atlantique n’est plus présent que lors de leurs conversations en distanciel. La mère assume ses responsabilités et se bat pour son fils auquel elle essaie d’assurer la place la plus normale possible dans un monde pas toujours disposé à offrir le meilleur accueil aux handicapés. Au fil des ans, Ulysse grandit et s’impose par sa personnalité comme un garçon attachant et particulièrement observateur. La réussite du film de Lætitia Masson consiste à montrer que son personnage principal est en fait tel qu’on le regarde et que sa “normalité” est rien moins que relative. Elle adopte pour cela le point de vue de la personne la plus importante de sa vie : sa mère pour qui il sera à tout jamais la chair de sa chair et son bien le plus précieux.



Romane Bohringer et Élodie Bouchez



Ulysse est un film déchirant qui n’observe jamais ses protagonistes en  surplomb. Lætitia Masson y raconte une histoire qui lui est très proche, sans jamais tricher avec les émotions ni en abuser. Elle est servie pour cela par une actrice en état de grâce : Élodie Bouchez qui incarne cette mère protectrice et rassurante avec la rage qu’on lui connaît lorsqu’elle se trouve confrontée à des personnages hors-normes comme elle en a campés dans Les roseaux sauvages (1994) d’André Téchiné, La vie rêvée des anges (1998) d’Erick Zonca ou plus récemment Pupille (2018) et Je verrai toujours vos visages (2023) de Jeanne Herry. C’est une actrice que transcendent littéralement les grands sentiments. Elle en donne une nouvelle preuve dans ce rôle, qui plus est face aux cinq interprètes successifs d’Ulysse et notamment les deux plus âgés, Thibaut Mahieux et Alphonse Roberts. La mise en scène reste constamment au service d’un scénario qui se concentre sur l’essentiel et décrit le parcours du combattant auquel doit se soumettre cette femme résiliente pour permettre à son enfant de se débrouiller dans un monde qui ne semble pas vraiment adapté à son handicap, si ce n’est pas plutôt le contraire. Il n’y a ni rancœur ni aigreur dans ce film, juste le constat d’une société qui peine à inclure et à intégrer, tandis que c’est aux parents de pallier ces manques en protégeant eux-mêmes leurs enfants contre ces défaillances. En se mettant à nu avec une telle élégance, Lætitia Masson signe là le meilleur film de sa carrière sans la moindre faute de goût ni de complaisance inutile.

Jean-Philippe Guerand





Élodie Bouchez et Alphonse Roberts

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradis des rêves brisés

La confession qui suit est bouleversante… © A Medvedkine Elle est le fait d’une jeune fille de 22 ans, Anna Bosc-Molinaro, qui a travaillé pendant cinq années à différents postes d’accueil à la Cinémathèque Française dont elle était par ailleurs une abonnée assidue. Au-delà de ce lieu mythique de la cinéphilie qui confie certaines tâches à une entreprise de sous-traitance aux méthodes pour le moins discutables, CityOne (http://www.cityone.fr/) -dont une responsable non identifiée s’auto-qualifie fièrement de “petit Mussolini”-, sans nécessairement connaître les dessous répugnants de ses “contrats ponctuels”, cette étudiante éprise de cinéma et idéaliste s’est retrouvée au cœur d’un mauvais film des frères Dardenne, victime de l'horreur économique dans toute sa monstruosité : harcèlement, contrats précaires, horaires variables, intimidation, etc. Ce n’est pas un hasard si sa vidéo est signée Medvedkine, clin d’œil pertinent aux fameux groupes qui signèrent dans la mouva...

Berlinale Jour 2 - Mardi 2 mars 2021

Mr Bachmann and His Class (Herr Bachmann und seine Klasse) de Maria Speth (Compétition) Documentaire. 3h37 Dieter Bachmann est enseignant à l’école polyvalente Georg-Büchner de Stadtallendorf, dans le Nord de la province de Hesse. Au premier abord, il ressemble à un rocker sur le retour et mêle d’ailleurs à ses cours la pratique des instruments de musique qui l’entourent. Ses élèves sont pour l’essentiel des enfants de la classe moyenne en majorité issus de l’immigration. Une particularité qu’il prend constamment en compte pour les aider à s’intégrer dans cette Allemagne devenue une tour de Babel, sans perdre pour autant de vue leurs racines. La pédagogie exceptionnelle de ce professeur repose sur son absence totale de préjugés et sa foi en une jeunesse dont il apprécie et célèbre la diversité. Le documentaire fleuve que lui a consacré la réalisatrice allemande Maria Speth se déroule le temps d’une année scolaire au cours de laquelle le prof et ses élèves vont apprendre à se connaître...

Bud Spencer (1929-2016) : Le colosse à la barbe fleurie

Bud Spencer © DR     De Dieu pardonne… Moi pas ! (1967) à Petit papa baston (1994), Bud Spencer a tenu auprès de Terence Hill le rôle de complice qu’Oliver Hardy jouait aux côtés de Stan Laurel. À 75 ans et après plus de cent films, l’ex-champion de natation Carlo Pedersoli, colosse bedonnant et affable, était la surprenante révélation d’ En chantant derrière les paravents  (2003) d’Ermanno Olmi, Palme d’or à Cannes pour L’arbre aux sabots . Une expérience faste pour un tournant inattendu au sein d’une carrière jusqu’alors tournée massivement vers la comédie et l’action d’où émergent des films comme On l’appelle Trinita (1970), Deux super-flics (1977), Pair et impair (1978), Salut l’ami, adieu le trésor (1981) et les aventures télévisées d’ Extralarge (1991-1993). Entrevue avec un phénomène du box-office.   Rencontre « Ermanno Olmi a insisté pour que je garde mon pseudonyme, car il évoque pour lui la puissance, la lutte et la viol...