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“The Plague” de Charlie Polinger




Film américain de Charlie Polinger (2025), avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Hefferman, Kenny Rasmussen, Lucas Adler, Kayo Martin, Lennox Espy, Caden Burris, Kolton Lee… 1h35. Sortie le 3 juin 2026.



Everett Blunck



Pendant un camp d’été pour adolescents, un enfant de 12 ans plus fragile que ses camarades devient leur souffre-douleur. Accusé symboliquement d’avoir la peste et d’être contagieux, ce qui équivaut pour lui à être exclu du groupe, il se trouve de plus en plus marginalisé, otage malgré lui d’un jeu pervers, à l’insu d’un moniteur impuissant à exercer son autorité. Cette période de la vie qu’on surnomme judicieusement l’âge ingrat inspire à Charlie Polinger un film d’une rare perversité où les événements les plus anodins finissent par revêtir un caractère surnaturel. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le réalisateur s’est vu proposer dans la foulée de tourner une nouvelle adaptation du Masque de la mort rouge d’Edgar Poe. Il transcende littéralement son sujet par une mise en scène oppressante à souhait et confère à cette vision de l’adolescence comme l’âge de tous les excès une noirceur où le passage à l’acte s’avère au fond moins néfaste que l’atmosphère délétère dans laquelle se déroule cette épreuve initiatique, quelque part entre If… (1968) de Lindsay Anderson et Grave (2016) de Julia Ducournau. Le film possède en outre une puissante charge symbolique, sans jamais se laisser piéger par le dispositif qu’il met peu à peu en place. C’est précisément parce qu’il évite soigneusement de se regarder filmer que Charlie Polinger trouve constamment le ton juste et réussit à laisser s’installer une atmosphère délétère pour traiter un phénomène de société trop répandu : le harcèlement scolaire ou en l’occurrence sa déclinaison dans le cadre d’une colonie de vacances.



Joel Edgerton, de face



La singularité de The Plague réside dans sa détermination à éviter de prendre fait et cause en faveur de la victime ou de ses bourreaux, en matérialisant pour cela le choc tellurique que représente la puberté à l’aide d’éléments esthétiques voire visionnaires. À l’instar de cette image inoubliable choisie pour l’affiche de ces jambes qui s’agitent sous l’eau et semblent exprimer la détresse de cet âge dont on dit symboliquement qu’il consiste à passer dans le grand bain. Le film n’a pas volé le grand prix et le prix de la critique qu’il a obtenus au festival de Deauville. Il traite d’un véritable poison, le harcèlement, en flirtant avec le fantastique. La mise en scène assume des partis pris qui transcendent cette problématique universelle, d’autant plus difficile à détecter qu’elle repose pour une bonne part sur le silence imposé aux victimes par leurs persécuteurs. Un engrenage implacable que le film décrit du point de vue du plus faible, en transcendant par sa maîtrise cinématographique une situation d’autant plus tragique que le gamin est ostracisé et isolé par ses camarades pour le tourmenter en toute impunité. Le film se présente en fait comme l’illustration au pied de la lettre de la fameuse expression de Molière dans “Les femmes savantes” qui affirme que “ qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ”. Charlie Polinger réussit à rendre son propos d’autant plus puissant qu’il use des ressources visuelles et sonores du cinéma pour atténuer son réalisme et inviter l’insoutenable. Ce n’est toutefois pas pour autant qu’il botte en touche. Il permet ainsi aux adolescents, mais sans doute pas aux enfants, d’accéder à ce sujet qui les concerne en premier lieu. C’est tout à son honneur car le film se révèle ainsi propice à libérer la parole des victimes.

Jean-Philippe Guerand






Everett Blunck

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