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“The Christophers” de Steven Soderbergh



Film britannique de Steven Soderbergh (2025), avec Ian McKellen, Michaela Coel, James Corden, Jessica Gunning, Dmitri Prokopiev, Tilly Bosford, Daniel Fearn, Lucy McCormick, Le Fil, Dallas Campbell, Ferdy Roberts… 1h40. Sortie le 10 juin 2026.



Michaela Coel et Ian McKellen



Lauréat de la Palme d’or à Cannes dès son premier long métrage, Sexe, mensonges et vidéo, Steven Soderbergh a entretenu une liaison parfois houleuse avec le cinéma qui lui a valu d’annoncer sa retraite prématurée ou de revenir en compétition sur la Croisette en dissimulant son identité. Comme pour se réinventer. Quitte à tourner aujourd’hui à un rythme frénétique pour se prouver qu’il reste capable de tout sans se fixer la moindre limite. Présenté au festival de Toronto en septembre 2025, The Christophers était ainsi rien moins que son troisième film de l’année après Presence et The Insider, sur un registre toutefois très différent des deux précédents. Une réflexion sur la création qui gravite autour de la personnalité d’un vieil artiste britannique fantasque dont une faussaire est invitée à achever un cycle pictural baptisé “The Christophers” afin d’asseoir sa valeur sur le marché et arrondir ainsi la fortune potentielle des futurs héritiers décontenancés par les foucades du héros de la famille dont l’espérance de vie est comptée. Une œuvre déroutante empreinte d’un caractère autobiographique propice à toutes les interrogations dont le rôle principal est tenu par le géant du théâtre britannique Ian McKellen, rompu à ce genre de défi par sa longue expérience, qui a parfois ici de faux airs de John Huston à la fin de sa vie. Sujet abyssal qui donne l’occasion au réalisateur de réfléchir une nouvelle fois sur les mystères de la création et l’économie lucrative qui va de pair, en assurant le train de vie souvent confortable d’une communauté à l’abri du besoin mais pas de la concupiscence.



Ian McKellen



Steven Soderbergh s’offre avec The Christophers un véritable plaisir d’esthète indissociable de la personnalité de son interprète principal qui ne fait qu’une bouchée de ce rôle à sa démesure et se joue de ses jeunes partenaires comme un chat avec des souris. À commencer par la faussaire que campe Michaela Coel, révélée par Ryan Coogler dans Black Panther : Wakanda Forever (2022) et lauréate de deux Baftas pour des prestations télévisées. Loin d’aligner des confrontations spectaculaires, Soderbergh procède à petites touches en conjuguant les contrastes de ses interprètes au service d’un scénario très subtil d’Ed Solomon (connu pour des sujets ô combien plus légers dont Men in Black et lui-même fils de peintre) qui propose une réflexion passionnante sur les aléas du marché de l’art et ceux qui le manipulent à leur profit exclusif. Ce projet atypique trouve sa raison d’être dans la confrontation de ces deux comédiens pour lesquels a été écrit le film sans même qu’ils en aient été avisés. Un pari comme les affectionne le réalisateur joueur d’Ocean’s Eleven qui n’aime rien tant que se mettre en danger en s’aventurant dans des univers où l’on ne l’imaginerait pas. Il signe avec The Christophers un brillant exercice de style à propos duquel il revendique à la fois l’influence du réalisateur John Schlesinger, dont il apprécie la simplicité trompeuse, et d’une pièce de théâtre, L’habilleur de Ronald Harwood, que Ian McKellen a interprétée au cinéma dans une adaptation de Richard Eyre. C’est dire combien on évolue ici en bonne compagnie.

Jean-Philippe Guerand






Ian McKellen

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