Film français de Lila Pinell (2026), avec Eva Huault, Noémie Lvovsky, Inès Gherib, Anaïs Monah, Bettina de Van, Sékouba Doucouré, Solal Bouloudnine, Sarah Benabdallah, Anthony Sonigo, Geneviève Krief, Adam Lévy-Zauberman, Lisa Nyarko, Sarah Djourou, Maëva Dahan, Divine Mboyo, Sarah Bramms, Martin Jauvat, Ines Anane, Agnès Host, Jacky Abdillah, Lalla Rami, Inès Trabendo, Thyshaant Palachandiran… 1h20. Sortie le 17 juin 2026.
Eva Huault
Rien ne va vraiment pour Shana, éternelle insatisfaite dotée d’un cœur gros comme ça dont le petit ami toxique purge une peine de prison et qui gère des relations houleuses avec sa mère envahissante au sein de la communauté juive. Alors quand, à la mort de sa grand-mère, elle hérite d’une bague supposée la protéger du mauvais œil et entreprend de la vendre pour acquitter une dette, les événements qui se succèdent l’incitent à se raviser, par superstition autant que par raison. Malgré le soutien de son groupe de copines, elle a quelque mal à se situer dans son milieu et subit davantage qu’elle n’agit, trop gentille pour ne pas se laisser abuser. Comme beaucoup de cinéastes français en ont pris l’habitude depuis la Nouvelle Vague, Lila Pinell débute en solo (elle a signé avec Chloé Mahieu Kiss & Cry en 2017) en s’attachant à la destinée d’un personnage mal dans sa peau et parfois comme détaché de la réalité la plus prosaïque. En l’occurrence ici une fille immature qui refuse de devenir adulte et plus encore d’assumer ses responsabilités en se complaisant dans une éternelle adolescence dont elle a pourtant passé l’âge. Une attitude qu’exprime son obsession pour le paraître : ses ongles interminables, ses lèvres trop pulpeuses, son décolleté vertigineux, son chignon serré et une moue à géométrie variable. Un personnage indissociable de son incroyable interprète, Eva Huault, savoureux mélange de superficialité et de mal être dont la réalisatrice exploite à merveille toutes les facettes, sans jamais la prendre de haut, elle qui l’a filmée pour la première fois enfant, il y a près de vingt ans. Toujours avec une sincère tendresse pour son inadaptation endémique à faire face aux atteintes du réel.
Inès Gherib et Eva Huault
Sous des dehors de comédie de mœurs, Shana est une réflexion subtile sur la transmission qui passe par des personnages pittoresques confrontés à des situations déroutantes et des conflits non résolus. Avec en son cœur ces trois générations qui s’empêchent mutuellement de respirer et sa figure centrale : la mère campée par Noémie Lvovsky, qui semble avoir un tel plaisir à tenir des rôles chez les autres qu’elle en est venue à négliger sa propre carrière de réalisatrice, ce qu’on est en droit de déplorer. Reste qu’elle trouve là un rôle de matrone méditerranéenne comme elle les affectionne et vient d’en tenir un autre dans le film de Patrick Cassir Tout va super. Venue du documentaire, Lila Pinell en a retenu un goût du réel qui crève l’écran et confère à ses protagonistes une vérité qui va de pair avec une mise en scène dépouillée d’artifices et un goût contagieux pour les natures. Elle jongle en virtuose avec un improbable mélange d’angoisse et d’humour qui renvoie à un certain cinéma juif new-yorkais dont elle assume l’inspiration et qui va des frères Coen aux frères Safdie par son ancrage dans un milieu qui finit par déteindre sur les individus, quitte parfois à les submerger. C’est tout l’enjeu de ce film qui en dit plus long qu’il ne pourrait y paraître à propos de l’emprise qu’exerce la communauté juive sur ses membres les plus influençables en restreignant leurs interactions avec l’extérieur dans un réflexe identitaire parfois problématique, tant il s’oppose à la fameuse laïcité à la française.
Jean-Philippe Guerand




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